Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter vos impressions, car ce blog est aussi un lieu d’échange et de partage. Bonne lecture !
19 Novembre 2025
Je viens de regarder L’Étranger de François Ozon ! Le film est bien sûr tiré du roman philosophique d’Albert Camus, que j’avais lu au collège puis relu étudiant… mais honnêtement, je ne me rappelle plus assez précisément les détails pour dire si l’adaptation est totalement fidèle. Les critiques que j’ai vues affirment que oui, donc je veux bien les croire.
Sur le plan cinématographique, c’est splendide. La reconstitution de l’Algérie de l’époque est superbe, les paysages sont magnifiques, certaines scènes sont vraiment saisissantes. Les acteurs jouent très bien, les cadres sont nets, les perspectives élégantes… Franchement, c’est un film beau à regarder, un vrai plaisir visuel. Preuve absolue : je ne me suis même pas endormi ! C’est dire, lol.
Mais alors… les thèmes du film, eux, m’ont profondément troublé. L’étrangeté de Meursault, son rapport totalement décalé aux émotions et à la société, m’a mis mal à l’aise. Il est indifférent à la mort de sa mère, indifférent à l’amour de sa compagne, indifférent même au meurtre qu’il a commis. En un mot : indifférent à la vie. Tout chez lui est plat, précis, prosaïque, presque vide. Il fait ce qu’il a à faire, dit ce qu’il pense avec une franchise lapidaire, et ne parle que s’il a quelque chose de concret à dire. On dirait un homme sans vie intérieure, réduit à accomplir son « devoir », comme un Sisyphe moderne qui pousse sa pierre en sachant qu’il recommencera encore et encore.
Meursault incarne vraiment l’absurde : un homme qui vit sans chercher de sens profond parce que, pour lui, la vie n’en a pas. Ou plutôt, elle n’en a que celui qu’on veut bien y mettre. Il y a là une contradiction violente entre la quête de sens humaine et un monde entièrement muet, neutre, immobile. Et ça, c’est très perturbant.
On dit que Camus était opposé à la peine de mort, mais le film ne nous transforme pas vraiment en militants abolitionnistes à la sortie. Certes, il y a quelque chose d’ubuesque dans le procès, notamment lorsque l’avocat général lui reproche son comportement lors des funérailles de sa mère. Quel rapport avec le meurtre de « l’Arabe » ?
D’ailleurs, Ozon ajoute au moins quatre éléments qui, j’en suis quasi certain, ne sont pas dans le livre :
Bref : un film magnifique, mais aussi profondément déstabilisant. Après la séance, j’ai dû aller marcher une bonne heure pour m’aérer l’esprit !
Au passage, je vous encourage vivement à lire Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, qui revisite l’œuvre de Camus de manière brillante. J’en avais fait une petite présentation ici même sur mon blog.
:https://yvesmariefankouselemani.fr/2024/12/kamel-daoud-meursault-contre-enquete-gallimard-2013.html