Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter vos impressions, car ce blog est aussi un lieu d’échange et de partage. Bonne lecture !
23 Novembre 2025
Voici un livre de Paul Tillich qui cherche à montrer comment intégrer notre propre désespoir dans une vie spirituelle et intérieure plus solide. J’ai découvert son existence en lisant le très beau livre de Marion Muller-Colard sur la question : « La foi : à quoi ça sert ? »
Pour Tillich, le courage n’est pas juste une vertu parmi d’autres. C’est la force intérieure qui permet à une personne de développer son être profond malgré tout ce qui, dans son existence, semble s’opposer à cette affirmation : son environnement, ses limites physiques, le poids de l’histoire, les non-dits familiaux, les ambivalences du cœur, la force des préjugés, etc.
Tout cela forme ce qu’il appelle la menace du non-être. Et il se demande : comment cette menace, qui plane en permanence sur notre vie, façonne-t-elle nos existences ? Tillich répond en identifiant trois grandes angoisses existentielles, chacune avec son domaine propre :
Nous les partageons tous, même si certaines époques ont davantage mis l’accent sur l’une ou l’autre. Chez Tillich, elles restent de toute façon liées les unes aux autres.
1. L’angoisse du destin et de la mort
Elle menace notre affirmation de nous-mêmes au niveau le plus concret. Nous sommes mortels, limités, pris dans des déterminations qui nous rappellent constamment notre finitude. Tillich y voit l’angoisse typique de la fin de l’Antiquité.
2. L’angoisse du vide et de l’absurde
Elle menace notre affirmation morale. C’est cette impression de ne pas trouver de sens, de se heurter au « silence du monde ». On la retrouve puissamment dans L’Étranger de Camus, dont j’ai justement écrit un article à propos de l’adaptation cinématographique qui vient de sortir. Pour Tillich, c’est l’angoisse caractéristique de la fin du Moyen Âge.
3. L’angoisse de la culpabilité et de la condamnation
Ici, c’est notre affirmation spirituelle qui vacille. Quand notre conscience s’accuse elle-même, nous devenons sans défense face au désespoir. Il ne s’agit plus de morale théorique : c’est notre capacité même à vivre qui est en jeu. Tillich y voit l’angoisse propre à la fin de la modernité.
Tillich précise qu’il ne parle pas de troubles pathologiques — ceux-ci relèvent du soin thérapeutique. Lui cherche plutôt à comprendre comment affronter, ou intégrer, ces angoisses existentielles grâce à ce qu’il appelle le courage d’être, qui donne son titre au livre.
Pour Tillich, le courage est un combat : celui de l’être contre le non-être. L’être n’est pas une substance tranquille ; c’est un dynamisme, une lutte constante contre ce qui le ronge. Le courage a donc, chez lui, une dimension ontologique.
Les différentes formes de courage
Tillich en distingue trois, liées entre elles :
1. Le courage d’être participant.
C’est le courage de s’affirmer comme membre d’un groupe ou d’une cause. Mais Tillich montre que ce courage peut devenir une fuite : des personnes peuvent déléguer la gestion de leurs angoisses à une idéologie, un mouvement politique, ou même au progressisme dominant.
2. Le courage d’être soi-même.
C’est l’affirmation de son individualité contre les pesanteurs collectives. À l’excès, il peut conduire à une dépersonnalisation, tant on se coupe alors de toute appartenance.
3. Le courage d’être : « Dieu au-dessus de Dieu ».
C’est la forme de courage qui englobe et dépasse les deux précédentes. Pour Tillich, tout véritable courage s’ouvre, consciemment ou non, à une force transcendante. Le courage d’être est presque synonyme de foi, de vie et d’espérance.
Tillich le définit par cette formule magnifique : « le courage d’accepter d’être accepté, même si l’on se sent inacceptable ».
C’est s’ouvrir à un amour plus fort que notre propre refus de nous-mêmes, se laisser porter par le fondement de l’être, se réjouir simplement d’exister, accepter d’être accepté par Dieu.
Enfin, Tillich explique que la personne névrosée est celle qui a fui sa propre réalisation parce qu’elle aurait dû affronter le non-être — donc la mort, l’absurde, la culpabilité. Elle s’est protégée, mais au prix de son épanouissement.