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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Rachid Benzine, "L'homme qui lisait des livres", Julliard, 2025, pp.122.

Rachid Benzine, "L'homme qui lisait des livres", Julliard, 2025, pp.122.

L'homme qui lisait Des livres : un roman bouleversant sur la mémoire, la souffrance et la puissance des mots

Ce livre est bouleversant.

À travers le destin d'un homme et de sa famille, il nous plonge dans les bribes du quotidien des Palestiniens depuis la création de l'État d'Israël. Ce qui m'a particulièrement frappé, c'est que cette histoire profondément tragique nous est racontée avec beaucoup de douceur, de compassion et d'humanité. On n'a jamais l'impression d'être face à un roman militant ou à un simple récit de guerre. Au contraire, l'auteur fait preuve d'une grande finesse en abordant des thèmes pourtant extrêmement difficiles : la guerre, l'occupation, la haine, la honte, l'incompréhension, la frustration, la vengeance, la rancœur, la douleur ou encore la tristesse. Mais il est aussi question d'espoir, de résilience, de pardon et d'espérance.

Le roman débute avec Julien Desmanges, un journaliste français qui se trouve en Palestine. Il souhaite prendre en photo un vieux libraire vêtu d'habits usés : Nabil Al Jaber. Celui-ci n'est pas opposé à être photographié, mais il rappelle au journaliste qu'une photographie ne saisit qu'un instant ; elle ne raconte pas toute l'histoire qui se cache derrière un visage. Avant de déclencher son appareil, le journaliste accepterait-il de prendre le temps de le rencontrer réellement ?

Nabil va alors entreprendre de raconter son histoire, en remontant jusqu'à celle de ses grands-parents. À travers le récit de cette famille, c'est toute l'histoire d'un peuple qui se dessine. On découvre la terreur de l'occupation, les déplacements forcés, la vie dans les camps de réfugiés, mais aussi les rêves, les désillusions et les espoirs d'un retour au « pays natal ».

Nous suivons ainsi le parcours de Nabil : sa naissance dans un camp de réfugiés, ses nombreux exils imposés, ses études en Égypte, son passage en prison après son engagement et sa révolte. Le roman traverse également plusieurs événements historiques majeurs, comme la création de l'État d'Israël ou encore la guerre des Six Jours.

L'un des grands mérites du livre est de rendre palpable le chaos engendré par les conflits. On entend presque les explosions, les cris de désespoir, on ressent la peur permanente qui habite les populations. On voit les villes détruites, les décombres, les familles endeuillées, mais aussi ce que signifie vivre sous surveillance constante, devoir franchir quotidiennement des checkpoints, voir sa liberté entravée. Certains passages m'ont arraché quelques larmes.

J'ai également apprécié que le roman refuse toute vision manichéenne. Il montre aussi des Israéliens opposés à l'occupation, qui tentent, chacun à leur manière, d'aider les Palestiniens. Rien n'est totalement blanc ou noir, et cette complexité rend le récit encore plus fort.

Ce roman est saisissant. Je l'ai lu d'une traite. Malgré la dureté des événements racontés, la lecture reste étonnamment fluide et paisible. C'est un très beau livre qui aborde avec intelligence des questions complexes, délicates et profondément humaines.

Un autre aspect que j'ai beaucoup aimé : chaque chapitre est jalonné de références littéraires et philosophiques. On y croise La Condition humaine d'André Malraux, La Terre nous est étroite de Mahmoud Darwich, Le Petit Prince de Saint-Exupéry, Hamlet de Shakespeare, Si c'est un homme de Primo Levi, Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon, mais aussi l'Iliade, l'Odyssée, Pessoa ou encore Foucault.

L'une des grandes questions qui traverse le roman est la suivante : la littérature peut-elle sauver du bruit, de la souffrance et de cette mort lente que provoque l'oppression ? Nabil se met à lire de manière presque boulimique pour tenter de comprendre le malheur qui frappe son peuple et sa famille depuis plusieurs générations. Les livres peuvent-ils constituer une arme plus puissante que la lutte armée pour les peuples oubliés ?

J'ai aussi été profondément marqué par un développement consacré à la figure biblique de Job. Une réflexion précieuse pour penser la souffrance humaine et la question de l'existence de Dieu.

Voici d'ailleurs comment le narrateur résume la lutte vécue depuis des décennies :

« On n'a connu que ça, en fait. On est toujours là. Des fantômes, chaque jour un peu plus invisibles aux autres. Et à nous-mêmes. Comme nous le sommes aux yeux du monde depuis toujours. » (p. 113)

Quelques citations marquantes

« Mais n'y a-t-il pas derrière tout regard, une histoire ? » (p. 17)

« C'est cela un grand livre. C'est un monde, un refuge et un miroir. » (p. 20)

« Sois fidèle à toi-même, et il s'ensuivra, comme la nuit le jour, que tu ne seras faux envers personne. » (p. 59)

« Il sera donné à celui qui possède, il sera pris à celui qui n'a rien. » (p. 61)

« Tu crois que les mots vont nous sauver, Nabil ? (...) Oui. Je n'en suis plus sûr. Je dirai qu'ils sauvent en silence. La réalité est la même, rien ne renverse l'oppression, mais l'esprit, lui, s'envole. » (p. 74)

« Il est plus facile de parler des horreurs du monde que de la beauté des choses. » (p. 95)

« On reconnaît le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va. » (p. 97)

« Nous ne sommes que les miroirs brisés de ceux qui nous ont faits. » (p. 99)

« Si la goutte d'eau paraît insignifiante dans la mer, elle était tout pour celui qui en bénéficiait. » (p. 101)

« J'ai décidé de ne pas ajouter de la laideur, de ne pas abîmer, d'être présent dans le silence de la lecture, d'apporter ma pierre avec mes livres. » (p. 113)

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