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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

N. D. Cocea, "le vin de longue vie", traduit du romain par Jean De Palacio, Cambourakis, 2012.

N. D. Cocea, "le vin de longue vie", traduit du romain par Jean De Palacio, Cambourakis, 2012.

Le vin de longue vie de Nicolae Dimitru Cocea : un petit livre à découvrir

Un petit livre à découvrir ! J’avoue avoir lu ce roman avec avidité, même si sa fin m’a laissé quelque peu perplexe. C’est une œuvre qui nous vaccine contre le poison de la médisance tout en nous entraînant sur d’exquis chemins de sagesse… ou de perdition.

Nous sommes dans le village de Cotnar, où vit un personnage aussi riche que mystérieux : Maître Manole Arcash, un vieux boyard propriétaire de terres et de vignes. Installé dans son manoir, il entretient peu de relations avec les habitants du village. Cette solitude – ou cette réclusion volontaire – nourrit toutes sortes de rumeurs à son sujet.

D’ailleurs, le roman s’ouvre sur une discussion assez lunaire qui n’est rien d’autre que du commérage autour de ce personnage énigmatique. Parmi les bavards, on retrouve le juge, le docteur, le lieutenant, le greffier, le maire, le sous-préfet, le père Anghel, un officier et surtout un nouveau fonctionnaire, qui est aussi le narrateur du récit. Chacun y va de ses ouï-dire, et c’est raconté avec beaucoup d’humour.

Pour les uns, le boyard pratiquerait la magie noire ; pour d’autres, il abuserait de ses domestiques et mènerait une vie dissolue digne des pires scandales. Bref, chacun brode à sa manière… et le vin ne semble pas rendre ces messieurs plus sages !

Finalement, le jeune fonctionnaire, passionné de littérature, croise sans le savoir le fameux Maître Manole. Très vite, les deux hommes se lient d’amitié autour des poésies de Baudelaire et d’autres auteurs. J’ai eu le sentiment que le jeune narrateur vouait une véritable admiration à ce vieillard sage qui paraît étonnamment jeune : voilà donc le fameux « vin de longue vie ».

Comment fait-il pour conserver une telle jeunesse à son âge ? Possède-t-il un élixir de longue vie ? Autant de questions auxquelles le jeune fonctionnaire cherchera des réponses.

Au fil des pages, nous découvrons qui est réellement ce personnage mystérieux : sa sagesse, son histoire, mais aussi ses démons. Une profonde amitié naît entre les deux hommes, qui passent de longues heures à discuter de la vie, de la sagesse, du bonheur et du secret d’une longue existence.

Pendant ce temps, le groupe des médisants observe cette proximité avec jalousie. Certains tentent même d’approcher Maître Manole par l’intermédiaire du jeune fonctionnaire, mais sans succès. Le boyard refuse de les recevoir, fidèle à sa philosophie : se garder des sots.

Il déclare ainsi :

« Je me suis gardé des sots comme de la peste. »

Et plus loin :

« Le monde, mon garçon, est semblable à un livre. Chaque page, chaque être a ses propres caractères. Le tout est d’avoir des yeux pour les lire. Seule, la page du sot est toute blanche » (p. 55).

Pourtant, sa philosophie ne se résume pas au mépris des imbéciles : elle repose aussi sur l’amour des hommes, de la nature et de la vie.

On comprend alors ce qui nourrit les commérages du village : la jalousie et le désir de percer le mystère de cet homme insaisissable. Les médisants finissent même par s’en prendre au jeune fonctionnaire en raison de son amitié avec le boyard. Ils écrivent au gouvernement, accumulant affabulations et élucubrations contre lui. Le jeune homme reçoit alors une lettre du ministre… dont je vous laisse découvrir le contenu !

Mais finalement, même si les rumeurs sont grotesques et souvent exagérées, le roman rappelle qu’il n’y a parfois pas de fumée sans feu. Je ne sais toujours pas vraiment quoi penser de la sagesse laïque de ce boyard. Une chose est sûre : le fameux élixir de longue vie n’est pas la médisance. Il est lié à un vin né d’une histoire d’amour… et d’abus tragique.

La fin m’a laissé perplexe, mais c’est peut-être là la force de ce roman : nous rappeler que la sagesse humaine n’est jamais pure et que même les êtres les plus admirables portent en eux leur part d’ombre.

Quelques citations marquantes

« Le vrai sens de la vie, vivre en harmonie ou en disharmonie avec l’univers, face à face avec l’infini, l’éternité ou le néant, qu’importe ! Mais, en tout cas, loin des sots » (p. 57).

« Mon garçon, n’écoute pas le chant du rossignol, car tous les pièges du diable résident dans son gosier… » (p. 63).

« Apprends-le : seuls les coupables se défendent. Et seuls les méchants se vengent. Si un ruminant enfonce pesamment son sabot dans les flaques du chemin et t’éclabousse de haut en bas, il faudrait être fou, ou aussi stupide que lui, pour le corriger » (p. 79).

« Il se rendit compte que le bien est plus aisé à désirer qu’à faire » (p. 94).

« Chez l’homme, le meilleur, il y a un fauve qui sommeille » (p. 124).

« Par curiosité, peut-être par vice, j’ai lu les vies des saints. On gagnerait davantage à lire la vie des bandits d’honneur, malgré la platitude du style. Ils ont espéré, lutté, haï, aimé, fait le bien et le mal, ils ont vécu. Tandis que les saints !... » (p. 62).

 

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