Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
28 Décembre 2024
Décidément, Charles Pépin a vraiment un don pour la vulgarisation de certains thèmes philosophiques. Alors ici il traite la question de notre passé ! Doit-on vivre « dans » notre passé ou « avec » notre passé ? Pour certains qui ont eu un passé douloureux, ne serait-il pas mieux d’oublier complètement le passé pour se tourner vers l’avenir (tentations des moderne) ? C’est ce qu’il appelle « une stratégie d’évitement ». Pour lui, cette stratégie nous mène à la catastrophe car nous pouvons enfuir les évènements de notre passé autant que nous le voulons, ils finiront un jour ou l’autre par se manifester avec violence dans le présent de notre vie. « Quel que soit le drame que nous avons vécu, et qui nous institue comme victimes, nous ne sommes pas simplement ce que cet événement a fait de nous. « Être victime de » ne fait aucunement partie de notre essence, le statut relève d’un accident, non d’une identité ». Nous ne devons jamais nous réduire à ce qu’on nous a fait ! Une patiente de Louis Monestès découvre qu’au fond, « on ne peut pas oublier ». Et de la lui est venue une grande libération : elle a enfin pu s’autoriser à cesser de lutter contre sa mémoire. Comme si elle commençait à se sentir capable de vivre avec le souvenir de ce qu’elle a enduré, et envisageait enfin de « faire la paix avec son passé », de cesser de le combattre et de lui ouvrir la porte pour l’accueillir et lui donner sa place au présent ».
Charles Pepin montre donc que nous sommes appelés à accueillir notre passé (invitation des anciens), que nous pouvons même changer le regard, ou la charge émotive ou les croyances limitantes que nous avons développés à la suite de certains événements du passé afin d’y réduire la toxicité. Cela par le jeu de la mémoire sémantique sur la mémoire épisodique. Il distingue 5 types de mémoire à partir des recherches contemporaines en neuroscience. Je vous laisse lire le livre pour voir comment s’articulent les différentes mémoires.
Notre passé se trouve dans notre mémoire et notre mémoire n’est pas derrière nous mais en nous. Et notre mémoire ne joue pas juste le rôle d’un disque dur : notre mémoire est complexe, mouvante. Nos souvenirs ne sont pas figés, il s’apparente à une partition à interpréter. D’ailleurs tout souvenir est forcément une reconstitution car on ne sait pas vraiment la frontière entre la mémoire et l’imagination.
Pour Bergson que l’auteur aime beaucoup, il faut donc rassembler tout son passé afin créer l’avenir et trouver en soi ce qu’il appelle « la mélodie continue de notre vie intérieure » (où nous entraine notre cœur profond). Il résume tout cela dans son concept de « récapitulation créatrice » par lequel il définit la liberté. « Être libre, ce n’est pas n’avoir aucun passé, ni avoir rompu avec lui, mais trouver la bonne manière de la prendre avec soi pour construire son avenir. »
Je n’ai pas pu m’empêcher de vous partager ces quelques lignes sur le pardon.
Se tourner vers le passé pour ouvrir les portes de l’avenir, laisser venir à soi les possibles, c’est là aussi l’essence du pardon. En échouant à pardonner celui ou celle qui nous a causé du tort, le piège du passé se referme sur nous : le ressentiment nous gâche la vie, entrave nos joies présentes, quand ce n’est pas le désir de vengeance qui nous consume de l’intérieur. Le passé ne passe pas, et notre présent tout entier se teinte du gris de l’amertume. Nous trainons à nos pieds le boulet du passé. Et nous risquons, épuisés par cette rancœur tenace, de sombrer dans la dépression.
Peut-être l’autre ne nous a-t-il même pas présenté des excuses, peut être ne mérite-t-il pas notre pardon, mais peu importe si nous estimons que nous, nous méritons la paix, alors nous devons trouver la force de pardonner. Pardonner permet de se libérer soi-même, avant même l’autre. Encore faut-il trouver la force de revenir vers l’autre pour lui donner son pardon. Pardonner n’est ni oublier ni effacer le passé, mais s’alléger du poids du ressentiment pour avancer plus léger vers son avenir.
En somme, notre bonheur dépend de notre capacité à bien vivre avec notre passé, nos héritages tout en vivant de nouvelles expériences, en emmagasinant de nouveaux souvenirs, dans le monde et avec les autres.