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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Fédor Dostoïevski, "Les carnets du sous-sol", Traduction d'André Markowicz, Babel, Actes Sud, 1992.

Fédor Dostoïevski, "Les carnets du sous-sol", Traduction d'André Markowicz, Babel, Actes Sud, 1992.

Âmes sensibles, s’abstenir ! J’ai mis du temps à lire Les Carnets du sous-sol, mais je pense que je ne pouvais pas tomber dessus à un meilleur moment. Si je l’avais lu plus tôt, je n’aurais sans doute pas été capable de l’apprécier à sa juste valeur.

Je suis un peu à court de mots pour le décrire, mais ce que je peux dire, c’est qu’on y retrouve déjà des figures familières des grands romans de Dostoïevski. Ce narrateur enfermé dans son sous-sol, on le reconnaît presque dans Raskolnikov (Crime et Châtiment), Stavroguine (Les Démons) ou encore Smerdiakov (Les Frères Karamazov). Et Lisa, cette femme touchante et incomprise, fait penser à Sonia, toujours dans Crime et Châtiment.

C’est un roman (ou une longue nouvelle ?) déroutant, complètement hors des sentiers battus. Rien que le début donne le ton :

« Je suis un homme malade… Je suis un homme méchant. Un homme repoussoir, voilà ce que je suis. (...) Je ne me soigne pas, je ne me suis jamais soigné, même si je respecte la médecine et les docteurs. (...) Oui, c’est par méchanceté que je ne me soigne pas. »

Dès la première page, on est confronté à un homme seul, misanthrope, et terriblement lucide. Il a environ quarante ans et vit reclus dans un sous-sol. Ce qu’on lit, c’est un long monologue intérieur, un torrent de pensées, de ressentiments, de réflexions sur la vie, sur l’homme, sur lui-même. Il avoue d’ailleurs avoir été un fonctionnaire pas très commode : « J’étais un fonctionnaire méchant. J’étais grossier, c’était une jouissance. »

L’œuvre est divisée en deux parties : « Le Sous-sol » et « Sur la neige mouillée ».

Dans la première, il rumine sa haine du monde et de lui-même. Il critique l’idée selon laquelle l’homme serait rationnel et guidé par son intérêt. Lui, il détruit tout, y compris lui-même, juste pour montrer qu’il en est capable et qu'il est libre. Il sabote ses relations, se fait détester, s’isole, mais trouve là-dedans une certaine satisfaction. Il dit lui-même :

« Non seulement je n’ai pas su devenir méchant, mais je n’ai rien su devenir du tout : ni méchant, ni gentil, ni salaud, ni honnête – ni un héros ni un insecte. »

« Je reste fermement convaincu que non seulement une conscience accrue, mais que toute forme de conscience est une maladie. »

Il démonte l’idée que la connaissance ou la raison suffiraient à rendre l’homme meilleur. Pour lui, la vie est irrationnelle, contradictoire, et notre volonté n’est jamais vraiment alignée avec notre raison. C’est un personnage ultra-lucide, mais écrasé par cette lucidité.

Dans la deuxième partie, on découvre ce qui l’a mené à ce point de rupture. Il n’a pas connu l’amour familial. Enfant abandonné à une école par de lointains parents, il grandit sans affection. À l’école, il est méprisé et rejeté. Et au lieu de chercher à se faire accepter, il cultive la haine, la jalousie, la froideur.

Plus tard, au travail, c’est pareil. Il dit :

« Je haïssais tous mes collègues de bureau, et je les méprisais, du premier au dernier, mais, en même temps, c’est comme s’ils m’effrayaient. »

Et encore :

« Mais, en méprisant, ou en élevant au pinacle, c’est tout juste si je ne baissais pas les yeux devant le premier venu. »

Il est tiraillé entre un complexe d’infériorité et un besoin de supériorité. À un moment, il se fait bousculer par un officier dans la rue, et comme celui-ci l’ignore complètement, il en devient obsédé. Il le suit, apprend son emploi du temps, envisage une vengeance... alors que l’officier ne l’a même pas remarqué ! On se demande vraiment s’il n’est pas en train de sombrer dans la folie.

Il tente aussi de renouer avec d’anciens camarades, mais se ridiculise complètement. Là encore, il provoque sa propre humiliation.

Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est sa rencontre avec Lisa, une prostituée. Dans une maison close, il lui parle avec une sincérité brutale, et contre toute attente, elle est touchée. Elle semble même tomber amoureuse. Avant de partir, il lui donne son adresse, sans trop savoir pourquoi. Quand elle vient le voir, il la rejette violemment. Pourtant, elle voit clair en lui : derrière sa haine, elle devine un homme malheureux. Elle l’aime quand même. Et lui, pris de panique, d’impuissance, va non seulement l’humilier, mais aussi abuser d’elle... et la chasser. Aussitôt après, il regrette. Il tente de la retrouver, mais c’est trop tard. Il a tout gâché.

Il est vraiment ce qu’il dit : « un homme repoussoir ».

Ce livre, c’est une plongée vertigineuse dans la conscience d’un homme qui se détruit lui-même, lucide mais incapable d’aimer ou d’être aimé. C’est un texte d’une finesse psychologique bouleversante. Franchement, je ne le recommande pas à tout le monde, mais pour celles et ceux qui s’intéressent à la psychologie, à la complexité de l’âme humaine, c’est un chef-d'œuvre à lire absolument.

 

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