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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Kamel Daoud, "Houris", Gallimard, 2024.

Kamel Daoud, "Houris", Gallimard, 2024.

Une histoire poignante, bouleversante et parfois insoutenable!!! 

Je ne me prononce pas sur le caractère politique de l'attribution de ce prix Goncourt 2024 à Kamel Daoud pour son roman "Houris". Cependant, cela ne m'a pas empêché de parcourir le livre. 

Tout d'abord je reconnais que j'ai eu du mal à entrer dans le roman. Je trouvais lors des premières phrases que le style était un peu dense et les phrases compliquées... Je pense que j'ai aussi été un peu déstabilisé par la manière de raconter de l'auteur qui procède dans une forme de littérature indiciaire ou allusive. Il faut donc persévérer pour qu'au fur et à mesure de la lecture, l'auteur nous propose plusieurs pièces de puzzle pour pouvoir composer un tableau et comprendre le déroulement de l'histoire.  

J'ai persévéré et au bout de quelques pages, j'ai pris un grand plaisir à lire et à entrer dans ce style très poétique de l'auteur... Il manie très bien la poésie avec beaucoup de contraste et d'opposition. Par exemple : entre parler et être muet, langue intérieure et langue extérieure, exister et être effacé... 

Tout ça est d'autant plus beau que le roman raconte une histoire tragique, dramatique et malheureuse d'une jeune femme nommée "fajr" en français "Aube" qui a vécu la décennie noire en Algérie (1992-2002). De cette guerre civile, elle ne doit pas en parler alors qu'elle est obligée de se souvenir de la guerre d'indépendance. Pourtant, Aube porte sur son corps les signes des massacres, décapitations et viols qui se sont déroulés pendant cette décennie (environ 200000 morts). En effet, elle a survécu à un égorgement dont la cicatrice demeure sur son cou. Elle appelle poétiquement cette cicatrice sa monstrueuse sourire. Et suite à cette égorgement raté elle a perdu la voix. Le gouvernement aurait décidé d'oublier cette période de guerre civile en imposant une réconciliation de façade où les bourreaux (notamment les intégristes religieux) vivent dans le même quotidien avec leurs victimes. 

Dans l'histoire c'est un "je" qui parle avec à un "tu", le dialogue entre Aube qui parle avec la vie qu'elle porte en elle. Elle qui ne peut plus parler, raconte à l'enfant qu'elle porte en elle cette histoire terrible. D'ailleurs, elle souffre tellement qu'elle a l'intention d'avorter cette enfant parce qu'elle ne souhaite pas que son enfant soit héritier de cela et qu'il vive dans un pays où les femmes sont quasiment des objets déposés par "Dieu" dans la main des hommes. Et elle a cette phrase que j'ai trouvé terrible : "Trois pilules et je sauverai une vie entière de la vie entière". 

La nuit où elle a été à moitié égorgée, sa sœur n'a pas eu la même chance qu'elle. Sa sœur est morte égorgée et Aube vit mal le fait qu'elle ait survécu. Elle se sent coupable de la mort de sa sœur et elle a l'impression d'avoir elle aussi perdu gout à la vie ce jour là. Sa vie a été comme bloquée sur cette nuit et elle décide vingt ans après d'aller revisiter ce lieu en dialoguant avec son enfant en elle. Il va s'ensuivre quelques péripéties que je vous laisserai découvrir vous mêmes. Le roman termine plutôt bien, avec espoir comme dans "crime et châtiment" de Dostoïevski. Elle va se rendre compte que les souvenirs sont reconstitués et ne correspondent pas toujours à l'évènement tel qu'il a été vécu. 

Dans ce roman l'auteur aborde plusieurs questions culturelles, sociétales et religieuses : la place de la femme, l'intégrisme religieux, le devoir de mémoire, l'autorité et l'interprétation des écrits "sacrés", l'oublie, le fait d'exister, la guerre civile, la réconciliation nationale... Notons que "houris" qui est le titre du roman est le nom des femmes vierges promis aux hommes au Paradis!!! 

Ce roman est un délice de tristesse!!

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