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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Ichiro Kishimi et Fumitake Koga, "Avoir le courage de ne pas être aimé", GuyTrédaniel, 2024.

Ichiro Kishimi et Fumitake Koga, "Avoir le courage de ne pas être aimé", GuyTrédaniel, 2024.

Vous connaissez sûrement Freud et Jung, souvent cités comme les pères de la psychologie. Dans ce livre, on découvre un autre grand nom, un peu moins connu : Alfred Adler. Petite anecdote : j’ai évoqué Adler avec une psychologue reconnue qui m’a dit ne pas du tout adhérer à ses idées. Et pour être honnête, moi non plus, je ne suis pas totalement convaincu après lecture. Mais justement, ce qui m’a plu dans cette lecture, c’est d’avoir (1) affronté une pensée à laquelle je n’adhère pas complétement et (2) cherché à la comprendre pour vous la transmettre le plus fidèlement possible.

Le livre adopte une forme dialogale originale : une conversation entre un jeune homme perdu et un philosophe adepte de la pensée d’Adler, pendant cinq jours. À la manière de Socrate, le philosophe répond aux questions et aux objections du jeune homme, ce qui lui permet de développer et clarifier ses idées. C’est fluide, vivant, et plutôt accessible.

L’introduction : « Le monde est simple »

Dès le début, une idée centrale émerge : le monde est fondamentalement simple, c’est nous qui le compliquons avec notre subjectivité. Exemple marquant : l’eau d’un puits reste à 18 degrés toute l’année – un fait objectif. Mais en été elle paraît froide, en hiver tiède. Ce n’est pas l’eau qui change, c’est notre perception. Pour Adler, c’est pareil pour la vie : elle semble compliquée, mais elle ne l’est pas. Il suffit, selon lui, de changer de lunettes.

Première nuit : dire non au traumatisme, refuser le déterminisme

Ici, Adler remet en question une idée qu’on prend souvent pour acquise : l’idée que notre passé détermine notre présent. Exemple : un jeune homme reste enfermé chez lui car il fait des crises d’angoisse dehors. On pourrait chercher des causes dans son passé : une enfance difficile, des violences subies, etc. C’est ce qu’on appelle une explication étiologique (cause → effet).

Mais Adler propose un raisonnement inverse : ce jeune homme ne sort pas parce qu’il ne veut pas sortir et a peur des autres. L’angoisse est créée par lui pour servir ce but. C’est un raisonnement téléologique (la finalité explique le comportement). Il écrit :

« Aucune expérience n’est en soi la cause d’un succès ou d’un échec. Nous ne souffrons pas du choc de nos expériences – ce qu’on appelle le « trauma » – mais nous en faisons exactement ce qui sert notre but. Nous nous autodéterminons par le sens que nous donnons à nos expériences » (p.30).

Autrement dit, ce n’est pas le passé qui fait qui nous sommes, mais ce que nous décidons d’en faire.

Adler appelle notre manière d’être le style de vie (temperament et personnalité). Il affirme qu’on le choisit (consciencieusement ou pas) vers l’âge de 10 ans. Et surtout : on peut en changer à tout moment, à condition d’avoir le courage de quitter ses anciennes habitudes.

Deuxième nuit : tous les problèmes sont relationnels

Selon Adler :

« Tous les problèmes sont des problèmes de relations interpersonnelles » (p.76).

Si l’humanité disparaissait sauf une personne, plus aucun problème ne subsisterait ! Parce qu’en réalité, nos souffrances viennent souvent des comparaisons constantes, des rapports de force, du regard des autres. On se sent en compétition : les autres deviennent des rivaux, et leur réussite devient notre échec.

Mais si l’on change de vision et qu’on cesse de se comparer, alors les autres deviennent des compagnons de route. Adler insiste aussi sur la différence entre sentiment d’infériorité (normal, lié à notre vulnérabilité d’enfant) et complexe d’infériorité, qui naît quand ce sentiment devient écrasant. La solution, selon lui, est d’accepter que la vie n’est pas une course ou une compétition, chacun avance à son rythme.

Troisième nuit : ne pas se mêler des tâches des autres

Le philosophe invite à ne plus chercher la reconnaissance et à se libérer du regard des autres. Ce besoin d’être validé serait une impasse :

« Lorsqu’une personne recherche la reconnaissance des autres et ne se soucie que de la manière dont les autres la jugent, elle finit par vivre la vie d’autrui » (p.151).

Pour retrouver une forme de paix intérieure, il faut séparer les tâches : se demander, pour chaque problème, à qui il appartient. Si c’est ma tâche, je m’en occupe. Si c’est celle de l’autre, je le laisse faire, tout en étant prêt à aider s’il le souhaite.

Cela m’a d’ailleurs rappelé une expression d’Étienne Klein : l’ultracrépidarianisme, c’est-à-dire le fait de donner son avis sur un sujet qu’on ne maîtrise pas. Autrement dit :

« N’interviens pas dans les tâches d’autrui et ne permets pas non plus à quiconque d’intervenir dans tes propres tâches » (p.169).

Quatrième nuit : retrouver sa place dans le monde

Même si on sépare les tâches, on ne vit pas tout seul pour autant. Adler parle d’engagement communautaire : le bonheur naît aussi dans le lien aux autres. Mais pour que ces liens soient sains, il faut quitter les relations verticales (où l’on juge, félicite, punit) pour des relations horizontales, basées sur la gratitude et l’encouragement.

Cinquième nuit : vivre ici et maintenant

Pour finir, le philosophe propose une sorte de trilogie pour vivre pleinement :

  1. Acceptation de soi
  2. Confiance en autrui
  3. Contribution aux autres

Ces trois éléments forment un cercle vertueux. Il écrit :

« C’est parce que l’on s’accepte tel que l’on est – acceptation de soi – que l’on peut « avoir confiance en autrui » sans avoir peur d’être exploité. Et c’est parce que l’on peut placer une confiance inconditionnelle en autrui et sentir que les gens sont des camarades pour soi que l’on peut apporter une « contribution aux autres ». Et c’est encore parce que l’on apporte une contribution aux autres que l’on peut avoir pleinement conscience que l’on est « utile à quelqu’un », et que l’on peut s’accepter tel que l’on est – acceptation de soi ».

Et pour conclure, une dernière citation qui résume bien l’esprit du livre :

« Ce n’est ni hier ni demain qui décide d’aujourd’hui. C’est ici et maintenant ».

Voilà pour cette synthèse. Le livre d’Adler – ou du moins la manière dont il est exposé ici – remet en cause pas mal d’idées reçues, notamment sur le trauma, la reconnaissance, et la place des autres dans nos vies. Est-ce que j’y adhère à 100 % ? Non. Mais c’est une pensée qui mérite qu’on s’y frotte, justement parce qu’elle nous bouscule.

Si certains concepts t’interpellent, je t’invite à lire le livre en entier. Tu y découvriras d'autres notions intéressantes comme les « tâches de la vie » ou encore le « mensonge vital ».

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