Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
17 Mai 2025
Quel roman autobiographique ! Il m’a fait traverser toutes les émotions possibles : joie, tristesse, fou rire, perplexité, compassion, empathie... C’est rare que je verse une larme en lisant, et pourtant, certains passages de ce livre m’ont bouleversé. Évidemment, difficile de ne pas penser à ma propre histoire : à ma mère, elle aussi très croyante, et que j’ai perdue quand j’avais neuf ans. Comme Roland Perez, je suis le dernier de ma fratrie, et comme lui, j’avais une relation forte, unique avec ma mère.
Ce récit m’a aussi fait penser à La Promesse de l’aube de Romain Gary, qui raconte l’amour immense – parfois étouffant – d’une mère pour son fils. Ici, on suit l’histoire vraie d’un enfant né avec un handicap, un pied bot, et de l’amour inconditionnel, démesuré parfois, que lui porte sa mère. Grâce à cette force maternelle, à sa foi, à sa détermination presque acharnée, l’enfant – l’auteur – finira par guérir vers l’âge de sept ans.
Pendant ses premières années, il marche à quatre pattes. Sa mère, elle, ne baisse jamais les bras : elle prie, consulte tous les médecins possibles, cherche partout une solution. La famille est d’origine marocaine, juive sépharade, installée en banlieue parisienne. Quand le garçon a cinq ans, sa mère reçoit l'adresse d'un médecin qui se révèlera un guérisseur aux pouvoirs extraordinaires. Mais manque de chance : à leur arrivée, le fameux rebouteux est mort ! C’est finalement sa femme qui prendra le relais, lui fabriquera attelles et corsets… Et pendant 18 mois, il ne devra pas bouger.
Cloué au sol, enfermé dans l’immobilité, l’enfant va trouver refuge dans une voix, un visage : celui de Sylvie Vartan. Il écoute ses chansons à longueur de journée, lit tout ce qu’il peut sur elle. Elle devient, à sa façon, une sorte de médicament. Il apprend même à écrire en recopiant ses paroles.
À la fin, il est guéri. Mais par quoi ? Par les attelles ? Par Dieu ? Par Sylvie Vartan ? Par la foi inébranlable de sa mère ? Sans doute un peu tout à la fois. Ce qui est certain, c’est que sa mère n’a jamais douté de sa guérison. Elle était persuadée que son fils était promis à un grand destin. Et elle fera tout pour l’y conduire.
Grâce à ses manigances (parfois loufoques mais toujours pleines d’amour), il intègre une école d’art, passe à la télévision… Sa mère est très croyante, mais aussi capable de mensonges inventifs et audacieux quand il s’agit de défendre ou de mettre en avant ses enfants. J’ai aussi découvert dans ce livre que, dans la tradition juive sépharade, il existe un véritable culte des saints. Le nom de Baba Salé revient souvent. Et le jour où Roland Perez passe l’examen du barreau, sa mère lui glisse une photo du saint dans la poche, en priant pour qu’on ne lui pose aucune question !
Il deviendra donc avocat, puis chroniqueur, et avocat médiatique. Il se mariera – un mariage assez cocasse, que je vous laisse découvrir –, aura des enfants… Mais très vite, il perdra sa femme, emportée par la maladie. Puis son père. C’est d’ailleurs seulement à ce moment-là qu’il découvrira mieux cet homme discret, toujours présent, mais comme éclipsé par l’écrasante personnalité de sa mère.
Et puis, ironie de la vie ou clin d’œil du destin : il deviendra l’avocat de Sylvie Vartan. Puis son ami intime. Mais jamais il n’osera lui raconter toute l’histoire, tout ce qu’elle a représenté pour lui, malgré les multiples tentatives de sa mère pour qu’il se confie.
Ce livre est avant tout une ode à l’amour maternel. Un amour qui rend possible l’impossible, qui peut tout, mais qui peut aussi, parfois, écraser. L’auteur raconte cette histoire avec humour, délicatesse et tendresse, si bien qu’on ne s’apitoie jamais. On est touché, on rit, on est bouleversé, mais on sent surtout une immense chaleur. Toute la douleur – le handicap, la mort, la solitude – est enveloppée dans une lumière : celle de l’amour. Voici ce qu'il dit lui même : "je pense, l'enfance cabossée qui a été la mienne, mais nourrie de tellement d'amour que les cicatrices ont fait place à des souvenirs éblouissants qui m'ont donné, jusqu'à aujourd'hui, le goût du bonheur" p.219.
Quand on regarde cette famille, on ne peut qu’être admiratif de la force de ses liens, de sa solidarité. Comme le disait Jean de la Croix :
« Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. »
Alors aimons, aimons, aimons.