Overblog Tous les blogs Top blogs Religions & Croyances
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Rémi Brague, "Sur la religion", Flammarion, 2018.

Rémi Brague, "Sur la religion", Flammarion, 2018.

Il y a trente ans, la politique était un sujet qui imposait sérieux et gravité, tandis que parler de religion faisait souvent sourire. Aujourd'hui, la situation s'est inversée : la politique suscite, au mieux, une indifférence dépitée, et beaucoup considèrent les politiciens comme des clowns, ce qui est parfois renforcé par l'attitude de certains d'entre eux. En revanche, la religion ne fait plus rire. Elle suscite désormais des inquiétudes, notamment face à certaines de ses formes et à la violence qu'elles sont censées engendrer. C'est ainsi que commence l'ouvrage de Rémi Braque sur la religion.

L'auteur se concentre sur les religions auxquelles il a un accès direct grâce à la langue : celles de l'Antiquité classique ainsi que les monothéismes biblique et islamique. Son objectif est de comprendre ce qui définit chaque religion et ce qui en fait, par exemple, des chrétiens, des juifs ou des musulmans. En d'autres termes, il cherche à identifier la dogmatique explicite, obligatoire ou présupposée, propre à chaque religion.

Il est important de rappeler que le terme « religion », utilisé pour désigner le christianisme, le bouddhisme ou l’islam, est relativement récent, datant du XIXe siècle. De plus, cette approche du fait religieux est surtout influencée par le christianisme. Ainsi, on dira parfois que l'islam est une religion sans clergé ou que le bouddhisme est une religion sans Dieu. Étymologiquement, le terme « religion » a une signification floue. Il pourrait dériver du latin religere (« relire avec soin », comme les préceptes cultuels), signifiant « accomplir avec zèle ce qui touche au culte des dieux ». Une autre étymologie, moins académique, évoque le terme religare (« relier »), suggérant l'idée de lien entre le divin et l'humain.

Cependant, il ne suffit pas d'admettre l'existence d'un principe suprême pour constituer une religion. Une véritable religion naît lorsque l’on précise le chemin permettant d’accéder à cet Absolu ou à un Dieu. Cela manque, par exemple, chez les philosophes grecs de l'Antiquité. Une religion se caractérise ainsi par des croyances (dogmes) et des pratiques (rites), des éléments théoriques et pratiques.

La distinction entre « religion naturelle » et « religion révélée » apparaît lorsque, selon certains fondateurs, un accès direct au divin, autrement impénétrable, est possible. Ces fondateurs transmettent alors un message divin : comme Moïse dans la Torah, Mahomet dans le Coran, ou encore le Bouddha. Jésus, pour sa part, se présente comme la révélation vivante de Dieu dans le christianisme.

Concernant le sentiment religieux, certains attribuent son origine à la crainte. Un vers latin, souvent cité, affirme que « c’est d’abord la crainte qui créa des dieux ». La religion serait ainsi une réaction humaine face à des phénomènes naturels inexpliqués, comme la foudre ou la mort, ou encore une première tentative de comprendre le monde. Pourtant, l’étude des sociétés dites « primitives » montre que leurs préoccupations ne sont pas liées à l'explication des phénomènes naturels.

D'autres philosophes, comme Rudolf Otto, décrivent le sentiment religieux en termes de sacré, un phénomène qui mélange peur et attraction, pureté et impureté, sécurité et danger. Jean-Paul Sartre, lui, a lié la religion au besoin humain, comme une réponse à la peur de l'inconnu et de l'injustifiable.

Après les Lumières, certains philosophes ont tenté de créer de nouvelles formes de religion, comme la Théophilanthropie, basée sur Dieu et l'immortalité de l'âme, ou encore le positivisme d'Auguste Comte, qui proposait une religion sans Dieu. Pour d'autres penseurs, tels que Hegel ou Dostoïevski, la religion est indispensable à la société, car elle en est le ciment, et elle permet de donner un sens à la vie terrestre. Si ce sens manque, il n’y aurait alors plus aucune raison de vivre.

L'ouvrage soulève plusieurs questions fondamentales. Par exemple, existe-t-il autant de dieux que de religions ? L'auteur explique que tous les dieux ne sont pas au cœur d'une religion, et que certaines religions, comme le bouddhisme primitif, ne croient pas en un dieu personnel. Il distingue également plusieurs types d'unité dans la manière dont chaque religion conçoit le divin. Pour les trois grandes religions monothéistes, l'islam, le christianisme et le judaïsme, bien qu'elles croient en un Dieu unique, elles divergent sur la nature de ce Dieu, notamment à travers leurs récits.

L'athéisme, qui nie l'existence de Dieu et de la religion, est une conception qui a émergé en Occident, et, étonnamment, de nouvelles formes de « divinité » ont pris place dans nos sociétés modernes : la Nation, la Race, le Progrès, l’Histoire, ou encore la Classe sociale. De nos jours, certains glorifient l'homme à travers les droits de l’homme, et la Terre par des mouvements écologiques extrêmes. L'auteur conclut sur un critère essentiel pour distinguer une divinité authentique des nouvelles idoles : la distinction entre le sacré et le saint.

Enfin, le livre explore des thèmes tels que le monothéisme, la relation entre la religion et la raison, la place de l’amour dans le christianisme et l’islam, ainsi que la séparation (ou non) entre l’Église et l’État. L’auteur montre que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’Église et l’État n’ont jamais eu  véritablement à se séparer, car ils n’ont jamais formé une unité.

Cet ouvrage propose également une réflexion sur la relation entre Dieu et la liberté, sur la violence en religion, et sur la question de savoir si les livres sacrés sont violents. Il s'agit d'un travail scientifique approfondi et technique, bien que certaines parties puissent sembler difficiles à comprendre.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article