Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
20 Avril 2026
Les deux royaumes : une fresque antique entre Rome et Jérusalem
Avec La Traversée des temps, Éric-Emmanuel Schmitt propose une ambitieuse histoire de l’humanité racontée sous forme romanesque, en huit tomes. Les Deux Royaumes nous plonge dans l’Antiquité, au cœur de deux pôles majeurs : Rome et Jérusalem — même si, à vrai dire, un troisième “royaume” s’invite largement dans le récit… la Gaule.
Si vous avez suivi les tomes précédents, vous retrouvez les quatre personnages centraux : Noam, Noura, Tibor et Derek. Tous partagent un destin hors du commun : ils sont devenus immortels après avoir été frappés par la foudre. Un procédé narratif malin qui permet à l’auteur de traverser les siècles tout en gardant des repères humains.
Leurs liens sont complexes et donnent de l’épaisseur au récit : Noam et Noura sont profondément liés, Tibor est à la fois le père de Noura et le mentor de Noam dans l’art de la médecine par les plantes. Quant à Derek, demi-frère de Noam, il incarne une figure plus sombre, marquée par une blessure intérieure qui le pousse à semer la destruction autour de lui.
Une longue immersion en Gaule
Avant même d’arriver à Rome et Jérusalem, le roman s’ouvre longuement sur la Gaule — au point qu’on pourrait presque renommer ce tome Les trois royaumes. Les premières pages sont particulièrement riches : on y découvre les différences entre Celtes et Gaulois, l’organisation des tribus, et surtout le rôle fascinant des druides.
Loin de l’image caricaturale qu’on peut en avoir aujourd’hui, les druides apparaissent ici comme de véritables sages : conseillers politiques, guides spirituels, gardiens du savoir. Leur formation, entièrement orale, durait près de vingt ans. J’ai aussi été surpris d’apprendre que des notions comme la réincarnation — ou transmigration des âmes — étaient déjà présentes dans leur pensée.
De la Gaule à Rome : la violence de l’histoire
L’équilibre fragile des tribus gauloises est bientôt brisé par la conquête romaine. Les personnages se retrouvent emportés dans cette mécanique implacable de domination et deviennent prisonniers, puis pour certains gladiateurs.
C’est là qu’émerge la figure de Spartacus. Schmitt retrace la célèbre révolte servile avec intensité : Spartacus, charismatique et déterminé, parvient à fédérer autour de lui esclaves, marginaux et laissés-pour-compte. Le récit devient alors plus guerrier, ponctué de stratégies, de batailles et de tensions permanentes.
Mais l’histoire est sans pitié : la rébellion est écrasée, Spartacus est vaincu, et la répression est terrible — crucifixions massives à la clé. Pourtant, tout ne s’éteint pas : son fils survivra, porteur d’un destin singulier.
Rome : le pouvoir dans toute sa noirceur
Après ces épisodes, retour à Rome. Le roman nous plonge alors dans les coulisses du pouvoir impérial, depuis la mort de Jules César jusqu’aux règnes de Auguste, Tibère et Néron.
Une large place est donnée au couple Auguste–Livie, où se mêlent ambitions, manipulations et stratégies d’influence. Intrigues politiques, empoisonnements, trahisons… Schmitt déploie ici une vision très incarnée du pouvoir, où rien n’est jamais totalement pur.
Jérusalem : une autre forme de révolution
Le récit bascule ensuite vers Jérusalem, où une question traverse tout : qui est le Christ ? Un agitateur ? Un prophète ? Ou bien davantage ?
Contrairement à Spartacus, dont la révolte passe par les armes, celle de Jésus est d’un tout autre ordre. Elle repose sur un message radical : l’amour de Dieu pour tous, en particulier les plus pauvres, et l’égalité fondamentale entre les êtres humains. Une révolution silencieuse, mais profondément subversive.
Le roman fait écho à cette parole : “Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus ni homme ni femme.”(Ga 3,28) Une vision qui bouleverse les hiérarchies établies.
Un passage marquant est consacré à Paul de Tarse (Saül), d’abord persécuteur zélé des chrétiens, puis transformé en apôtre infatigable après sa conversion. Une figure de basculement, qui incarne à elle seule la puissance du message chrétien.
Le livre s’achève dans le contexte des persécutions sous Néron, avec une révélation finale autour de son personnage.
Mon avis : entre fascination et frustration
J’ai globalement apprécié ce tome, même si je l’ai parfois trouvé un peu long et dense. En revanche, j’ai appris énormément de choses, en particulier sur la Gaule — un vrai point fort du livre.
Mon principal regret concerne la partie à Jérusalem, que j’aurais aimé voir davantage développée. Ayant lu L'Évangile selon Pilate, que j’avais beaucoup aimé, j’attendais peut-être quelque chose d’aussi fort ici. La fin m’a laissé… un peu sur ma faim.