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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Eric-Emmanuel Schmitt, "Juste après Dieu, il y a papa", Albin Michel, 2026, pp.200.

Eric-Emmanuel Schmitt, "Juste après Dieu, il y a papa", Albin Michel, 2026, pp.200.

Roman : Juste après Dieu, il y a papa

Ce roman nous fait plonger dans la biographie de ce grand musicien que fut Mozart. On y découvre sa vie, sa famille, et surtout sa relation très particulière avec son père.

Il est important de noter que Mozart, par sa musique, a littéralement sauvé Eric-Emmanuel Schmitt lorsqu’il était adolescent, traversé par une dépression et des idées suicidaires. Il a trouvé dans cette musique un élan vital, une force pour continuer à vivre. Dans le livre, le génie précoce de Mozart est d’ailleurs présenté comme une forme de preuve de l’existence de Dieu : il joue avec une telle beauté que cela donne à expérimenter quelque chose de presque divin. Je vous laisserai découvrir ce passage autour de Dieu et de l’athéisme dans les salons parisiens, avec Diderot, Rousseau ou encore Madame d’Épinay.

Le roman s’appuie sur des lettres authentiques de la famille Mozart, ce qui en fait un véritable roman historique, même si quelques éléments relèvent de la fiction (notamment certains voyages à Vienne).

Wolfgang Amadeus Mozart est né de Anna Maria Mozart et de Leopold Mozart. Il a une sœur, Nannerl, elle aussi brillante musicienne. Leur père, Leopold, est un musicien reconnu de son époque, même si sa renommée sera éclipsée par celle de son fils. Très tôt, il décèle chez Wolfgang un génie hors norme. L’enfant manifeste des capacités incroyables : il pleure dans la tonalité de la musique qu’il entend, et, avant même ses 7 ans, il est capable de reconstituer de mémoire des œuvres complexes comme le Miserere d’Allegri — une pièce pourtant jalousement gardée par le Vatican, dont la copie était interdite sous peine d’excommunication. Peut-on à ce point confisquer la beauté ? N’appartient-elle pas à tout le monde ?

Leopold enseigne tout ce qu’il peut à son fils dans une relation à la fois tendre et fusionnelle. Mozart voit en son père une figure presque divine, d’où le titre du livre : Juste après Dieu, il y a papa. Mais lorsque le père réalise que son fils le dépasse, il l’emmène à travers l’Europe pour rencontrer les plus grands musiciens. « La nature donne les dispositions, mais seul le travail les fait éclore » (p.72). Le jeune Mozart émerveille alors les publics, notamment à Paris.

Entre ces voyages, la mort de la mère vient bouleverser l’équilibre familial. Schmitt écrit très justement que perdre sa mère, c’est perdre l’enfant qu’on était. Il ne reste alors que le père et la sœur.

Mais peu à peu, une tension apparaît : Leopold contrôle tout, y compris la carrière de son fils. Et Mozart, malgré l’amour profond qu’il porte à son père, ressent le besoin de tracer son propre chemin. Comment se libérer du père ? Faut-il, comme le suggère Freud, “tuer symboliquement le père” pour devenir soi-même ?

C’est ce qui va se jouer. Refusant de se plier aux exigences du nouvel archevêque, Mozart quitte Salzbourg pour Vienne, contre l’avis de son père. Il va même jusqu’à se marier sans son consentement avec Constance Weber. Cette décision marque une rupture forte.

Mozart prend alors son envol. Il tente aussi d’encourager sa sœur à s’émanciper, mais celle-ci restera fidèle à la volonté paternelle jusqu’au bout. De son côté, Leopold vit cette séparation comme une perte : il a le sentiment que son fils n’est plus le même, presque comme s’il était mort. Pourtant, il continue d’espérer son retour.

Le père meurt sans réconciliation. Mozart, lui, reste d’abord dans la colère, comme pour se protéger de la douleur. Mais peu à peu, il laisse tomber cette barrière et reconnaît l’amour immense qui les liait. Il peut alors faire son deuil, pleurer son père, et comprendre tout ce que celui-ci lui a apporté : « juste après Dieu, il y a papa ».

C’est dans ce mouvement intérieur que naissent ses grandes œuvres, comme La Flûte enchantée ou le Requiem. On y retrouve quelque chose de l’enfance : de la légèreté, de la beauté, de la simplicité. Comme si, après avoir perdu ses parents, Mozart accédait enfin à une forme d’esprit d’enfance, libre et créateur.

Ce roman montre profondément l’amour paternel et filial, mais aussi la nécessité pour l’enfant d’advenir à lui-même. On ne devient pas soi sans un moment de rupture, sans oser prendre une distance, parfois douloureuse, avec ceux qui nous ont construits.

Mais ce que montre très bien Schmitt, c’est que cette séparation n’est pas une trahison. Au contraire, elle permet de redécouvrir autrement l’amour reçu. Ce n’est qu’en devenant pleinement lui-même que Mozart peut reconnaître tout ce qu’il doit à son père.

La paternité apparaît alors comme une vocation paradoxale : aimer suffisamment pour transmettre, mais aussi pour laisser partir. Permettre à l’autre de devenir lui-même, même si cela implique de ne plus être au centre de sa vie.

Et finalement, le roman pose une question universelle : comment grandir sans renier ? Comment aimer sans posséder ? Peut-être qu’au fond, devenir adulte, c’est apprendre à dire à la fois merci… et adieu.

Quelques citations :

  • « Le génie sans cœur n’existe pas. Ni l’imagination ni l’intelligence ne suffisent : l’amour est la cause première du génie. » (p.153)
  • « Les lois du succès amoureux tiennent en deux points très simples : premièrement elles n’ont pas changé depuis l’aube de l’humanité et secondement, personne ne les connait. »
  • « La conviction arrêtée s’avère le piège de ceux qui s’abstiennent de réfléchir » (p.112)
  • « A quoi bon pourchasser la perfection, puisque les ânes broutent n’importe quelle herbe ? » (p.164)
  • « Les enfants, c’est comme Dieu : on ne les aime vraiment que lorsqu’on n’a plus rien à leur demander » (p.180)
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