Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
20 Avril 2026
Lectures : (Luc 24, 13-35)
Chers frères et sœurs,
Après la belle vigile de Pâques, pendant le petit pot partagé, je discutais avec quelques paroissiens de cet évangile des disciples d’Emmaüs. Et l’un d’eux me faisait remarquer quelque chose de très juste : dans cet Évangile, Jésus marche avec ses disciples… alors même qu’ils prennent la mauvaise direction. Ils s’éloignent de Jérusalem, ils tournent le dos à ce qui vient de se passer. Et pourtant, Jésus est là, à leurs côtés. Même quand nous prenons des chemins de travers, Jésus ne nous abandonne pas. Il marche avec nous car il est fidèle et ne peut se renier lui même.
Nous avons ici deux disciples : l’un est nommé, Cléophas, et l’autre ne l’est pas. Comme si l’évangéliste nous laissait la place. Cet autre disciple qui n’est pas nommé, cela peut être chacun de nous : vous ou moi.
Et ces deux hommes sont abattus, déçus, désespérés. Ils avaient mis leur espérance en Jésus. Ils attendaient un Messie puissant, capable de libérer Israël, de renverser l’occupation romaine, de manifester sa royauté avec éclat. Et voilà que tout s’effondre : Jésus est arrêté, condamné, crucifié comme un criminel.
C’est vertigineux. Celui qui a changé l’eau en vin, marché sur les eaux, guéri les malades, relevé les morts… comment peut-il finir ainsi ? Dieu l’aurait-il abandonné ? Se seraient-ils trompés ? Était-il vraiment le Messie ?
Ces questions, elles ne sont pas seulement celles des disciples d’Emmaüs. Elles sont aussi les nôtres. Quand l’épreuve nous frappe — maladie, deuil, accident, guerre — il nous arrive de dire : “Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter cela ?” Comme dans ce film bien connu avec Christian Clavier : Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?
Et certains vont plus loin encore : face à tant de souffrances, ils n’arrivent plus à croire en Dieu. Ils se disent : si Dieu existe, alors il gouverne bien mal ce monde…
Alors oui, comme les disciples d’Emmaüs, nous pouvons facilement sombrer dans la déception, dans la désillusion, dans une forme de désespoir.
Mais au fond, il y a peut-être un malentendu. Nous attendons souvent de Dieu qu’il agisse comme un magicien : qu’il règle nos problèmes d’un coup de baguette magique, de l’extérieur. Nous voudrions la résurrection… sans passer par la croix. Comme le dit une chanson africaine : “Tout le monde veut aller au paradis, mais personne ne veut mourir.”
Or Dieu ne répond pas au mal en restant à distance. En Jésus, il vient habiter notre souffrance. Il prend sur lui le mal du monde : la trahison, le reniement, l’abandon, l’injustice, les humiliations, la violence, la croix. Et face à tout cela, Jésus ne répond pas par la haine ou la révolte, mais par un amour plus grand encore :
“Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font” et par une confiance totale :
“Père, entre tes mains je remets mon esprit.”
Chers frères et sœurs, ce qui nous sauve, ce n’est pas la souffrance en elle-même. C’est cet amour inconditionnel, cette confiance totale en Dieu, manifestés par Jésus au cœur même de la souffrance.
Dieu ne nous sauve pas de l’extérieur. Il vient nous rejoindre de l’intérieur. Il assume notre humanité, notre péché, notre mal, et il se donne à nous. C’est cela que nous célébrons dans l’eucharistie. Et ce n’est pas un hasard si les disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus à la “fraction du pain”.
Chers frères et sœurs, suivre Jésus, marcher avec lui, ne nous épargne pas les épreuves — sinon, cela se saurait. Mais cela nous donne une force nouvelle : celle de traverser le mal sans en être totalement vaincus, de répondre au mal par une bonté plus grande.
Et même quand nous prenons des chemins de travers, même quand nous doutons, même quand nous sommes perdus… Jésus est là. Il marche avec nous, il nous fait signe et nous espère. Amen !