Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
10 Janvier 2025
Chez les philosophes antiques, notamment Aristote, il était impensable que Dieu, la cause première, puisse avoir une pensée ou se préoccuper de l’humanité. Une telle idée aurait été jugée dégradante pour lui. En revanche, pour les chrétiens, Noël incarne le mystère de Dieu devenu homme en Jésus-Christ. Ce mystère est, pour les Juifs, un scandale, et pour les païens, une folie. En effet, si nous devions imaginer un Dieu, nous ne l’inventerions certainement pas comme un être aussi humain, voire trop humain, comme Nietzsche le disait.
« Lorsque nous concevons le divin, c’est un divin trop divin qui nous séduit. Pourtant, le Christ ne se laisse pas façonner selon l’image commune que les hommes se font de Dieu. Il nous révèle, au contraire, un visage inédit de Dieu, une face « divinement humaine », comme l’a exprimé le philosophe Ollé-Laprune. » L’humanité de Dieu nous invite ainsi à devenir pleinement humains. En effet, il est impossible d’être disciple d’un Dieu incarné tout en méprisant le temps, la matière, la chair, les relations humaines et l’histoire. Si, en tant qu’êtres humains, nous sommes appelés à la divinisation, comme le dit l’apôtre Pierre (« devenir participants de la divine nature » – 2 P 1,4), François Varillon nous rappelle que « Dieu ne divinise que ce que l’homme a humanisé ».
Le livre nous invite à contempler, avec des yeux simples, la surprise de l’humanité de Dieu, à nous laisser saisir par cette merveille, et à nous imprégner de la chaleur du regard divino-humain que Dieu pose sur nous. Partant de la soif d’absolu qui habite le cœur humain, cet ouvrage nous conduit à la source : le désir profond de Dieu de rencontrer et de sauver chaque personne.
Le chapitre introductif nous invite à retrouver en nous ce désir d’infini qui peut avoir été enfoui sous le confort de la vie moderne, la société de consommation, ou encore le désespoir et l’absurde. Retrouver ce désir inépuisable, c’est non seulement renouer avec notre cœur, mais aussi prendre conscience que nous sommes en quête d’absolu.
Dans le premier chapitre, nous découvrons la Bible comme un « carnet de route » qui témoigne des rencontres entre Dieu et l’humanité. L’auteur nous présente trois exemples de cette amitié divine. Le premier est celui d’Abraham, appelé à tout quitter et à faire une confiance totale à Dieu. Avec Abraham, nous apprenons que « la foi ne consiste pas tant à croire que Dieu existe, qu’à croire que l’homme existe aux yeux de Dieu et qu’il lui importe profondément, que Dieu s’intéresse à lui, à sa vie, à son destin ». La deuxième figure est Moïse, dont la rencontre avec Dieu dans l’émerveillement du buisson ardent le tirera de l’anonymat et changera sa vie ainsi que celle d’un peuple tout entier, marquant ainsi l’histoire universelle. Dieu se révèle à Moïse non pas pour se glorifier, mais pour être proche, pour sauver et pour répondre au cri des opprimés. La troisième figure est celle du prophète Élie, qui, pris de peur devant la menace de Jézabel, se laisse submerger par le silence de Dieu et désire la mort. Pourtant, Dieu prendra soin de lui et l’invitera à retrouver le rythme de sa vie, à se reconnecter à sa propre réalité et à se remettre en harmonie avec la symphonie de sa vie. Dieu permettra à Élie de le voir « de dos », une manière symbolique de signifier que l’homme ne peut retenir Dieu, car Dieu ne se laisse pas saisir à des fins humaines.
Le deuxième chapitre commence par des éléments historiques concernant l’existence de Jésus et la validité des Évangiles. « Au commencement, il n’y avait pas le néant, car de celui-ci rien ne peut surgir. Au commencement, il y avait un dialogue éternel d’amour entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. » C’est par surabondance de leur amour, et non par pénurie, que le monde a vu le jour. Le paradoxe et la folie de l’Amour divin réside dans le fait que la Parole éternelle d’amour a pris chair : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jn 1,14). L’amour, la miséricorde et l’humilité de Jésus révèlent la vraie nature de Dieu, qui est Amour. Jésus connaît Nathanaël en profondeur, comme il connaît chacun de nous. Il nous regarde comme il a regardé le jeune homme riche de l’Évangile, et il nous aime. Il est fait ainsi : il ne nous aime pas parce que nous en sommes dignes, mais il nous rend dignes parce qu’il nous aime. L’Évangile devient alors le lieu de la rencontre avec Jésus, car il se fait notre contemporain et nous devenons le sien. Nous cherchons Dieu dans des sphères lointaines et sublimes, alors qu’il est là, à nos côtés, pour nous laver les pieds. Il n’est pas facile d’accepter d’être aimé de manière infinie, inconditionnelle et gratuite. Le poète William Blake disait : « Nous sommes sur terre un bref instant, afin d’apprendre à recevoir les rayons de l’amour. »
Le troisième chapitre s’intitule « La danse de l’amour ». L’affirmation « Dieu est amour » implique deux choses essentielles : toutes les actions et tous les attributs de Dieu sont amour, et, avant tout, Dieu est Amour dans son être le plus profond. L’homme est appelé à vivre de cet amour de Dieu. Notre langage est trop limité pour saisir Dieu, car il est ineffable et infini. Par conséquent, celui qui désire comprendre Dieu sera toujours en quête. Dieu est Père, Fils et Esprit, un Dieu relationnel et interpersonnel. « La vie chrétienne ne se résume pas à une connaissance intellectuelle de Dieu, mais à une immersion dans sa propre vie, une entrée dans la danse d’amour trinitaire. L’accès de l’homme à la vie divine se réalise par « l’amour de Dieu qui a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). » Comme l’a dit saint Séraphin de Sarov, le but de la vie chrétienne est d’acquérir l’Esprit Saint.
Dans le quatrième chapitre, l’auteur aborde la question de l’Église. Ambroise de Milan souligne que si l’Église est chaste en sa tête, le Christ, et splendide dans ses saints, elle est aussi une prostituée impure dans ses membres, bien qu’ils soient associés au Christ par le baptême, mais se dissocient de lui dans leur vie. Le concile Vatican II a enseigné que l’Église est à la fois le peuple de Dieu et le Corps du Christ. « L’Église est le cœur qui aime Jésus », disait Balthasar. « Si le Christ est né mille fois à Bethléem et qu’il ne naît pas en nous, sa naissance est vaine. » Nous sommes appelés à devenir des petites Églises. L’Église est un don, une permanence dans l’histoire du témoignage du Christ, une compagne fidèle de l’Agneau, mais elle est aussi un lieu de réforme et de renouvellement constant. L’Église est l’épouse du Christ, une épouse amoureuse, incarnée, belle, joyeuse, purifiée et hospitalière.
La dernière partie est centrée sur l’homme. Lorsqu’on parle de l’homme, il est essentiel de considérer qu’il dépasse largement la somme de ses composants, afin d’éviter tout réductionnisme. Pourtant, il existe une tentation de réduire l’homme à un phénomène sous-humain. Viktor Frankl dénonce trois types de réductionnismes : le biologisme, le psychologisme et le sociologisme. « Si l’on se contente d’étudier l’homme sous l’une de ces perspectives, on passe à côté de sa vérité complète et de sa réalité complexe », affirme-t-il. Nous risquons alors de tomber dans la caricature. « Un regard adéquat doit saisir la dimension polyédrique de l’être humain, qui constitue une unité à plusieurs facettes. » L’homme n’est pas entièrement soumis à ses déterminismes, qu’ils soient psychologiques, sociologiques ou biologiques. L’homme est un être à trois dimensions : physique, psychique et spirituelle. Sa liberté ne nie pas ses déterminismes, mais les limites qu’il rencontre forment le cadre à l’intérieur duquel se déploient sa liberté et sa responsabilité. La liberté possède trois aspects complémentaires : la liberté de, la liberté pour et la liberté face à. Pour Kierkegaard, la motivation fondamentale de l’homme n’est pas la « volonté de puissance », comme le supposaient Adler et Nietzsche, mais la « volonté de sens ». Nous avons besoin de croire en un sens pour survivre et de le réaliser pour vivre pleinement. Le sens ultime, c’est Dieu, car lui seul peut nous libérer de la culpabilité, de la souffrance et de la mort par son amour. Lorsque nous entrons en nous-mêmes, nous faisons une grande découverte : nous ne sommes pas le fondement de nous-mêmes, nous sommes un don qui nous est confié. La voie royale pour accéder à cette entité qui nous donne existence est l’amour. L’amour de Dieu, que nous ne voyons pas, ne peut être dissocié de l’amour du prochain, que nous voyons. Notre valeur intrinsèque, notre gloire et notre vrai poids résident dans notre amour.