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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter vos impressions, car ce blog est aussi un lieu d’échange et de partage. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du sacerdoce à Vienne

Mongo Beti, "Le pauvre Christ de Bomba", présence africaine, 1976.

Mongo Beti, "Le pauvre Christ de Bomba", présence africaine, 1976.

Dans ce roman, Mongo Beti explore l’arrivée des premiers missionnaires au sud Cameroun, plus précisément dans la région Tala. On suit surtout l’implantation de l’Église catholique à travers la mission de Bomba, qui est un peu le centre. De là partent les missionnaires pour visiter, une fois l’an, les six zones qui dépendent de la mission.

À Bomba, il y a aussi ce que l’auteur appelle la sixa, une maison censée accueillir les jeunes filles fiancées. Toute femme indigène qui voulait se marier selon les règles de l’Église devait passer deux à quatre mois dans cette maison, afin d’y recevoir une sorte de formation pour devenir une épouse et une mère de famille chrétienne. Officiellement, c’est la justification donnée… mais beaucoup la contestent.

Le récit suit le révérend père Drumont lors de sa tournée en pays Tala. Le narrateur, Denis, jeune boy et servant de messe, nous explique que cette zone avait été volontairement abandonnée par le missionnaire pendant trois ans, dans l’espoir de les inciter à se convertir. Cette nouvelle tournée forme une boucle : à chaque étape, le trio — Drumont, Zacharie le cuisinier, et Denis — s’arrête dans un village, retrouve le catéchiste et les fidèles, et engage la palabre. On parle du délabrement des lieux de culte, de la baisse de la pratique religieuse, des femmes qui ne paient pas le denier du culte mais veulent quand même communier, de la polygamie et des traditions locales. Déjà à cette époque, note Mongo Beti avec ironie, ce sont surtout les femmes et les enfants qui remplissent les églises !

Les personnages

  • Le père Drumont : fondateur de la mission de Bomba, il est venu au Cameroun avec enthousiasme, mais aussi avec la volonté d’imposer la religion catholique. C’est un prêtre sévère, énergique et parfois brutal. Une scène marquante le montre traînant un guérisseur du nom de Sanga Boto nu à travers un village pour l’obliger à se confesser publiquement et assister à la messe. Bien sûr, cette « conversion » n’a été qu’une mascarade… Mais au fil de la tournée, Drumont s’adoucit. Il découvre que beaucoup d’Africains sont devenus chrétiens par contrainte coloniale ou pour obtenir des avantages. À la fin du roman, il traverse une sorte de crise existentielle : il se détache de l’administration coloniale et finit même par fermer la sixa en découvrant ce qui s’y passait réellement.
  • Zacharie, le cuisinier : c’est un autochtone très particulier. Officiellement cuisinier, il ne prépare jamais lui-même les repas, préférant envoyer des enfants s’en charger. Profiteur, il récupère en cachette les cadeaux refusés par Drumont pour les envoyer dans son village, et grâce à ces combines, il s’est construit une maison et un cheptel. Marié, il multiplie les aventures extra-conjugales, notamment avec Catherine, ce qui causera un drame. Pour lui, les missionnaires ne sont pas différents des marchands grecs : ils viennent chercher de l’argent. Le christianisme n’apporte rien de neuf : l’âme, Dieu, la spiritualité, la vie éternelle existaient déjà avant leur arrivée. Seule la science occidentale l’intéresse.
  • Denis, le narrateur : fils de catéchiste, il a été confié au père Drumont pour recevoir une éducation religieuse. Naïf et innocent, il admire profondément le missionnaire, qu’il voit presque comme le Christ sur terre. Très critique envers les Tala, il rêve même d’un grand malheur qui pousserait les gens à se convertir par désespoir ! Mais lui aussi va être confronté à ses propres faiblesses : Catherine, la maîtresse de Zacharie, s’introduit dans sa chambre une nuit, et il ne résiste pas. Ce moment le plonge dans une profonde crise de conscience : honte, scrupules, mais aussi aveu qu’il a pris du plaisir… et qu’il recommencerait peut-être. Sa confession, encouragée par Drumont, sera une épreuve. Sa relation avec le missionnaire prend alors des allures presque filiales.

Bref, Mongo Beti signe ici un roman riche, à la fois drôle, mordant et profond. À travers cette galerie de personnages hauts en couleur, il interroge l’implantation du christianisme en Afrique, ses contradictions, ses excès et ses ambiguïtés.

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