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9 Juillet 2025
À la lecture de ce petit essai d’Hannah Arendt sur la liberté dans les révolutions, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mon pays, le Cameroun. En cette année 2025, alors que les élections présidentielles approchent, je me pose une double question : même s’il y avait une alternance démocratique, est-ce que cela suffirait à émanciper réellement le peuple camerounais ? A le mettre sur un chemin de développement humain intégral ?
Arendt nous met en garde : changer de dirigeants ne signifie pas forcément changer de système. Et encore moins garantir la liberté pour tous. C’est une leçon que l’histoire des révolutions – qu’elle décortique avec beaucoup de finesse – nous enseigne cruellement.
Alors, à partir de sa réflexion et de ce que j’observe autour de moi, je vois plusieurs conditions fondamentales à réunir pour que le Cameroun connaisse un véritable renouveau – pas seulement institutionnel, mais humain, collectif, politique.
1. Libérer le peuple de la peur, de la misère et de la précarité
Tant qu’on a peur de tomber malade, de ne pas manger demain, ou qu’on vit dans l’angoisse d’une injustice qu’on ne pourra jamais réparer, on ne peut pas être véritablement libre. Comment s’impliquer dans la vie publique quand on survit au quotidien ?
Je me demande parfois : combien de Camerounais lisent les programmes des candidats ? Et combien de partis en proposent vraiment un, clair et sérieux ?
Sans politiques fortes en matière d’éducation, de santé, de logement, de sécurité sociale, les citoyens resteront vulnérables et manipulables – même après un changement de régime. C’est ce qu’Arendt appelle la "libération", un préalable indispensable, mais pas encore la liberté.
2. Reconstruire des institutions solides, justes et durables
On ne peut pas bâtir la liberté sur des fondations pourries. Le Cameroun est tristement célèbre pour sa corruption endémique. La justice, l’administration, les marchés publics… tout est gangrené.
Pour avancer, il faut des institutions capables de résister aux logiques de pouvoir personnel, de garantir la justice pour tous, la liberté de la presse, la transparence, et surtout d’encourager la participation citoyenne.
Comme le rappelle Arendt, la liberté a besoin d’un cadre stable pour exister dans le temps.
3. Faire émerger une vraie culture politique de la participation
Changer de président, oui. Mais si on ne change pas de mentalité, on rejoue le même scénario. Il ne suffit pas que quelques-uns militent dans des cercles fermés. Il faut que chacun, à son niveau, se sente responsable de la vie commune.
Cela passe par l’éducation politique, mais aussi par des espaces concrets d’expression et d’engagement local, là où les gens vivent vraiment. Et pourquoi ne pas s’appuyer sur les chefferies traditionnelles ? Elles peuvent jouer un rôle clé dans cette re-politisation du quotidien, à condition d’être elles aussi ouvertes au dialogue démocratique.
4. Imaginer un projet commun qui dépasse les clivages
Une révolution qui ne propose aucun avenir, c’est juste un renversement sans lendemain. Il ne suffit pas d’abattre un régime, encore faut-il savoir ce que l’on veut construire à la place.
Et pour cela, il faut sortir des logiques tribales, partisanes ou de clan. Il nous faut dépasser les oppositions stériles entre “sardinards” et “tontinards” – ces étiquettes qui nous enferment plus qu’elles ne nous éclairent.
On a besoin d’un projet national qui parle de dignité, de justice, de responsabilité partagée. Quelque chose qui nous rassemble, au lieu de toujours nous diviser.
5. Regarder en face notre histoire, sans tabou ni oubli
On ne construit pas l’avenir sur l’oubli. Le Cameroun porte une mémoire douloureuse : esclavage, colonisation, décolonisation, les guerres oubliées, les silences, les frustrations accumulées sous le régime Biya.
Il est temps d’ouvrir ces dossiers, non pas pour nourrir la haine, mais pour faire un vrai travail de mémoire et de réconciliation. Il s’agit de comprendre pourquoi les luttes passées ont échoué, et comment on peut faire autrement, ensemble.
Pour conclure ?
Oui, un changement de régime serait une étape importante. Mais ce ne serait que le début du vrai travail : celui qui consiste à construire un Cameroun où chaque citoyen peut non seulement échapper à l’oppression, mais aussi participer activement à la construction du bien commun.
Comme le dit Arendt :
Ce n’est pas le pouvoir en soi qu’il faut craindre, mais son monopole.
Et inversement, ce n’est pas la révolution qui libère un peuple, mais sa capacité à inventer des institutions où chacun a sa place.
Inspiration : Hannah Arendt, "liberté d'être libre", Payot, 2019.