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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Baptiste Beaulieu, "Où vont les larmes quand elles sèchent", l'Iconoclaste, 2023.

Baptiste Beaulieu, "Où vont les larmes quand elles sèchent", l'Iconoclaste, 2023.

J’ai eu du mal à entrer dans ce livre dès les premières pages. Pourquoi ? Parce que Baptiste Beaulieu adopte un ton qui m’a parfois semblé méprisant envers les croyants, et que son langage est parfois cru, trop cru. Pourtant, malgré ces aspects, on ne peut pas nier la profondeur humaine du récit.

Le roman suit Jean, un médecin de famille, gay, qui rencontre toutes sortes de patients : des rencontres cocasses, sérieuses, drôles, douloureuses ou profondément humaines. À travers Jean, l’auteur nous fait entrer dans l’intimité du soin, dans ce lien unique qui se crée entre médecin et patient. Ce lien, ce qu’on appelle « l’alliance thérapeutique », ne repose pas seulement sur les compétences médicales, mais d’abord sur l’écoute, la confiance, le respect et la compassion.

Dès le début du livre, on découvre un Jean profondément touché, presque brisé, par la mort d’un enfant. La mère a donné la mauvaise adresse au SAMU, et l’enfant n’a pas été sauvé. Ce drame réveille en lui un vieux traumatisme d’enfance. Deux morts d’enfants à porter en soi, c’est trop. Et on comprend peu à peu d’où viennent sa douleur, sa colère, ses soupçons vis-à-vis des hommes. Il semble plus proche des femmes, presque féministe, même s’il noue aussi une belle relation thérapeutique avec un patient masculin.

Le livre montre avec finesse que soigner, ce n’est pas juste prescrire des médicaments ou poser un diagnostic. C’est d’abord une manière d’être avec l’autre, une forme de sagesse, une philosophie. Comme le dit Jean à la p.133 :

« rétablir la symétrie entre soignant et soigné, c’est aussi épouser les choix du patient, les tenir pour seule boussole, quand bien même ces choix ne cadrent pas avec notre vision. C’est savoir s’effacer derrière sa vérité, et accepter de ne pas toujours avoir raison (…) Comme quoi… On croit crever des abcès, déboucher les conduits ou ratiboiser de la cystite, du carcinome et du morpion, mais le cœur du métier, c’est la philosophie ».

Je pourrais dire, en paraphrasant Sartre, que soigner est une forme d’humanisme. Et ce livre en est un bel exemple. Les histoires qu’on y lit sont pleines d’humanité, souvent touchantes sans jamais tomber dans le pathos ou la sensiblerie. Beaulieu ne se présente pas en héros : il montre aussi ses contradictions, ses limites. Il reconnaît que, parfois, « aimer l’autre m’apparaît certains soirs un sentiment révolutionnaire » (p.200). Il déconstruit plusieurs clichés comme « un homme ne pleure pas » ou « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

Les grands thèmes du livre sont : la maladie, le mal, la mort, le soin, la résilience, le sens de la vie, l’amour… C’est profond, parfois brut, parfois tendre, mais toujours humain.

Voici quelques citations savoureuses du livre :

  • « C’est incroyable, le pouvoir d’un sourire, ça vous saisit le visage comme un baiser déposé directement sur le cœur » (p.49).
  • « Les gens comme Mme Chahid ne viennent pas à la consultation pour écouter ce que j’ai à dire : la plupart d’entre eux viennent juste pour parler. Se confier à un autre être humain. Moi ou un plombier, ça ne changerait pas grand-chose. Alors je hoche la tête et j’écoute » (p.81).
  • « Les gens, souvent, ne viennent pas pour vous voir parce qu’ils sont malades. Ils viendront pour avoir l’illusion d’exister quelque part dans cette société (…) : exister pour de vrai et pour quelqu’un » (p.82).
  • « Les larmes, c’est un truc inutile contre la mort, mais qu’on n’a jamais cessé d’essayer quand même » (p.92).
  • « Les gens sont souvent passionnants, leur histoire est précieuse, car il n’y en a jamais une pour ressembler à l’autre » (p.98).
  • « D’ailleurs, l’humain, c’est 90% de misère pour 10% de beauté brute, mais il faut se battre pour ça » (p.113).
  • « La vie, c’est jamais totalement cuit, il suffit d’un peu de joie, n’importe laquelle, n’importe comment, pour que, HOP !, tout recommence » (p.118).
  • « On met deux ans à apprendre à parler, mais faut toute une vie pour apprendre à se taire » (p.119).
  • « La mort c’est le terminus du train de la vie, tout le monde descend » (p.127).
  • « L’espérance, c’est le petit déjeuner du malade. Qui est-on pour leur enlever ce pain-là de la bouche ? » (p.132).
  • « Tout le monde a mal. Et tout le monde souffre. Du Nord au Sud. Aucune souffrance ne l’emporte sur une autre. Elles échappent à tout compte d’apothicaire » (p.135).
  • « La vérité (…), c’est que chacun de nous, quand il rit, ou pleure, porte en lui l’humanité tout entière : il porte ceux qui ont ri ou pleuré avant lui, il porte ceux qui riront ou pleureront après lui » (p.135).
  • « Et si soigner, c’était simplement apprendre à consoler » (p.137).
  • « Il n’y a pas de justice en ce monde, et personne, je dis bien personne, ne naît libre et égal en droits avec son frère ou sa sœur humaine » (p.144).
  • « Et qu’on gifle systématiquement ceux d’entre nous qui tiennent de longs discours sur la capacité du mal à nous changer en mieux » (p.175).
  • « Je serais moins tourmenté si j’acceptais plus que les choses soient ce qu’elles sont » (p.177).
  • « La mort existe, c’est tout ce que je sais. Sinon, il n’y aurait pas assez de place sur Terre pour jouer au badminton les soirs d’été » (p.191).
  • « Le corps est une argile malaxée par les épreuves de la vie » (p.193).
  • « Parfois, ce qui a été fait ne peut être défait, c’est comme ça. Ce qui ne nous tue pas nous brise en mille morceaux. Alors oui, c’est joli, la mosaïque, mais c’est long à assembler » (p.194).
  • « Sans doute serions-nous moins humains si nous étions résilients pour tout, en tout, tout le temps » (p.194).
  • « L’art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité » (p.215).
  • « L’aimer, ce monde, et l’aimer sans rien attendre en retour, c’est-à-dire l’aimer pour rien ? » (p.227).

En résumé, un roman fort, humain, parfois dérangeant, mais profondément sincère. Une vraie plongée dans ce que soigner veut dire, au-delà des médicaments : écouter, accueillir, consoler.

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