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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Anne-Dauphine Julliand, "Ajouter de la vie aux jours", les Arènes, 2024.

Anne-Dauphine Julliand, "Ajouter de la vie aux jours", les Arènes, 2024.

Nietzsche n’avait pas tout à fait raison lorsqu’il affirmait : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Il serait sans doute plus juste de dire : « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus dur ». En effet, après une épreuve, il n’est pas toujours garanti que l’on en ressorte plus fort. Aujourd’hui, on évoque souvent les étapes du deuil qu’il convient de traverser pour retrouver la vie. On dit qu’après la perte d’un être cher, on passe successivement par le déni, la colère, la tristesse, la dépression, l’acceptation, la résilience, comme si ces étapes étaient une simple succession à franchir, avant que tout aille mieux. Mais l’homme n’est ni une machine, ni un automate.

Dans Ajouter de la vie au jour, Anne-Dauphine Julliand nous révèle que le chemin de rédemption après une épreuve terrible est d’une complexité infinie. Il exige du temps, la présence réconfortante de l’Autre, le soutien de la nature et, surtout, l’acceptation de la douleur et de la souffrance. Anne-Dauphine a d’abord perdu ses deux filles en bas âge, Azylis et Thaïs. Aujourd’hui, elle vient de perdre son fils, Arthur, qui s’est suicidé à la veille de ses vingt ans. Il n’existe pas de mot pour désigner un parent qui a perdu son fils, et que dire lorsqu’il a perdu trois enfants ? Des parents désenfantés, pourrait-être le terme.

Plutôt que de me lancer dans des discours interminables, je préfère vous faire partager quelques citations de son œuvre, qui, par leur poésie délicate et apaisante, rendent toute tentative de consolation un peu plus douce.

« J’aurais voulu ne jamais écrire ce livre. J’aurais voulu n’avoir rien à raconter que le bonheur d’une vie épargnée ».

« Devant une grande épreuve, dans un instinct de survie, on chasse les pourquoi, ceux qui rendent fous. On se concentre sur le comment ».

« Ajouter de la vie aux jours, quand on ne peut ajouter de jours à la vie » Jean Bernard

« Dans la souffrance, on apprend le bonheur autrement. La joie des petits riens, la vie dans l’instant. On savoure les pas de côté, l’éclat des rires malgré la peine ».

« On comprend que la consolation ne chasse pas la souffrance, elle apporte la paix. Celle qui permet de vivre sa peine sans peur ».

« Comment fais-tu pour survivre à la mort de tes trois enfants ? Je ne sais pas. Comme ça. Comme je peux… Pas de recette magique ».

« Souvent je fuis. C’est mon seul courage. Je fuis les « sis ». Les maudits « si ». Et s’il était resté à la maison. Et si on lui avait redit à quel point nous l’aimions… Et si. Et si. Autant de regards jetés en arrière. Des bouées lancées vers le passé, pour changer le présent et sauver l’avenir ».

« Dans ce sifflement rampe la culpabilité. Les « si seulement » entraînent à leur suite les « j’aurais dû ».

« Et je fuis le bonheur aussi. Je le fuis parce que j’ai peur. Peur qu’il ne se sauve. Qu’il débarque à nouveau, tambours et trompettes, avec son lot d’insouciance et de rêves. Avant de disparaître. Ne laissant que son ombre. Et la peine est plus grande ».

« Rien ne rend plus vulnérable que le bonheur. Si, une chose, une seule : l’amour ».

« J’entends son sourire me dire d’oser le bonheur. Toujours. Même s’il se sauve. »

« Quand soudain, comme un uppercut en pleine poitrine, le vide. D’air, de paix, de sens. A quoi bon tout ça ? A quoi bon la vie ? Absurde ».

« On perd ceux qui meurent une fois en entier, puis on les perd sans cesse en détail ».

« Mon cœur tient sa peine invisible pour les yeux ».

« Mais il n’y a pas de réponses. Comment expliquer l’inexplicable ? Comment peut-on se donner la mort à vingt ans quand on est aussi aimé ? Comment peut-on quitter la vie quand on aime autant ? Insondable mystère. On comprend qu’on ne comprendra pas. Jamais. Et que rien ne sert d’essayer au risque de devenir fou. Depuis, il ne cherche plus. Il a accepté l’inacceptable. Il a accepté de ne pas comprendre ».

« Je comprends ceux qui tatouent l’amour sur leur peau. Comme on grave l’écorce. Ceux qui impriment à l’encre un prénom, un symbole, des initiales (…) Une façon de dire l’amour qui perdure au-delà de l’absence ».

« Je sais où elle veut en venir. Nous faire comprendre qu’il y a pire que ce que nous vivons. Tempérer notre souffrance en la comparant à d’autres. Minimiser notre douleur. Je déteste ça. Nul n’est consolé de savoir qu’autrui vit une situation plus difficile encore. Au contraire, à ce que nous ressentons au plus profond de nous s’ajoute alors une pointe de culpabilité. Je devrais penser à ceux qui souffrent plus que moi. Je ne devrais pas m’apitoyer sur mon sort. Est-ce que ma peine est légitime. Voilà ce que fait naitre la comparaison. Rien de bon ».

« Avant de mourir, elle dit : « j’ai eu une belle vie. Oh oui, une belle vie ! »

« La vie m’a appris que rien ne garantit demain »

« Ne t’inquiète pas pour demain. Pense à aujourd’hui, juste aujourd’hui, rien qu’aujourd’hui. Rester dans l’ici et maintenant. Ancrée dans le présent. C’est la seule façon de vivre vraiment. Qu’il est difficile de laisser le futur comme le passé à leur place ! j’apprends ».

« Jusque-là, j’avançais à reculons, les yeux rivés vers le passé, vers mes morts. Je vivais à travers eux. Ils habitaient mes gestes, accompagnaient mes pas, occupaient mes pensées. Et me déconnectaient parfois du vivant. Des vivants ».

« Je prends conscience que la vie est là, dans ceux qui m’entourent ».

« Aux étoiles, je murmure, comme si je craignais que l’on m’écoute : « où êtes-vous le jour ? Où partez-vous quand le soleil paraît ? » Nulle part, elles ne vont nulle part. Elles restent là. Invisibles. Mais toujours là. Comme tous ceux qui habitent cette éternité ».

« Dans l’épreuve, le véritable courage, c’est de faire en soi un espace à la peine. Un lieu immatériel où elle peut s’exprimer. L’autoriser à habiter le cœur et les pensées. Sans la laisser tout coloniser. Juste à sa place. A sa juste place ».

« Certains se ressourcent à l’air pur de la campagne ou de la montagne, dans les embruns salés de l’océan. Moi, c’est devant une boulangerie que je reprends pied. Le pain exprime la chaleur du four, le travail de l’homme, les épis dans les champs, la générosité de la terre, la nourriture de toujours. Ça sent le réconfort, l’inaltérable ».

« Ce matin-là quand j’ai appris la mort de mon fils, l’odeur du pain m’a donné le tournis et la nausée. Elle disait que le monde ne s’était pas arrêté alors que le nôtre avait explosé. Elle disait que la vie continuait comme si de rien n’était, alors qu’il n’était plus. Dans une indifférence insupportable. Personne n’avait donc entendu l’implosion de nos cœurs, le fracas de nos âmes ? La déflagration n’a pas anéanti toute existence alors qu’elle l’avait privée de son sens ? »

« Jusqu’à ce que je croise ce matin un enfant qui portait sous le bras une baguette fraîche. Il s’est arrêté à ma hauteur pour déchirer le croûton et mordre à pleines dents la croûte craquante. J’ai souri. De ce geste immémorial. De cette tradition ancestrale. Combien de pains arrivent à destination privés de leur tête ? ».

« Ce qui m’émerveille, c’est le paysage. Quand je regarde par la fenêtre, je sais qu’il est là, toujours. Ça fait des années que je le vois, et je ne m’en lasse pas. Seule la lumière change, plusieurs fois par jour. Oui, c’est ça qui m’émerveille ».

« Je souhaite pour chacun et pour nous aussi, de n’être jamais blasé. De nous émerveiller. Du quotidien, des liens déployés, des sentiments éprouvés. De ce qui nous entoure. De ceux qui nous entourent. C’est l’assurance de toujours aimer la vie ».

« Lève-toi rien que pour aujourd’hui, agis rien que pour aujourd’hui, souris rien que pour aujourd’hui, pleure rien que pour aujourd’hui, résiste rien que pour aujourd’hui, sombre rien que pour aujourd’hui, espère rien que pour aujourd’hui. Vis rien que pour aujourd’hui. Demain, tout recommencera peut-être. Mais demain ce n’est pas aujourd’hui. Allez, on y va ! Où ça ? Vivre le jour qui vient. Rien de plus, rien de moins ».

« Et je faisais la seule chose à ma portée pour apaiser sa peine : le prendre dans mes bras, lui dire ‘je t’aime ». Et lui parler doucement du printemps qui un jour refleurira, de la souffrance qui désarmera, du bonheur qui reviendra, même si pour l’instant il lui fallait supporter l’hiver ».

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