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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Boris Cyrulnik, "le laboureur et les mangeurs de vent : liberté intérieure et confortable servitude", Odile Jacob, 2022.

Boris Cyrulnik, "le laboureur et les mangeurs de vent : liberté intérieure et confortable servitude", Odile Jacob, 2022.

Dans ce livre semi-autobiographique, Boris Cyrulnik raconte l’histoire tragique de son enfance. À l’âge de 4 ans, ses parents sont arrêtés et déportés dans les camps de concentration, où ils périront. Lui-même, à 6 ans, échappe à la mort de justesse, d'abord grâce à une évasion de la synagogue, puis en étant caché sous la robe d'une femme qui le sauve. C’est à travers cette expérience personnelle qu'il tente de comprendre comment le totalitarisme et le fascisme prennent forme, et pourquoi certains y résistent tandis que d’autres y adhèrent. Qu'est-ce qui détermine cette orientation ? Comment cela fonctionne-t-il ?

Boris Cyrulnik explore en effet la manière dont, au sein d'une même population, dans une même culture, à un même moment, certains sont emportés par un courant extatique et deviennent des fanatiques, tandis que d'autres, plus discrets et libres, ne se laissent pas entraîner. Comment expliquer ces différences ?

Il distingue deux grandes catégories d'individus : d'une part, les « mangeurs de vent », qui ont besoin de s’ancrer dans un groupe, comme ils ont pu le faire avec leur mère. Ces individus, selon Cyrulnik, « intériorisent tout récit en évitant de les juger ». D’autre part, il y a ceux qui, ayant acquis une grande confiance en eux grâce à la sécurité que leur a procurée la présence maternelle, osent prendre le chemin de l’autonomie. Ces derniers suivent ce qu’il appelle la « stratégie du laboureur » : ils se heurtent aux obstacles, expérimentent la réalité de manière sensorielle et cherchent à comprendre en profondeur. Le bonheur des laboureurs réside dans un savoir direct, palpé, expérimenté, à l’inverse de l'extase des mangeurs de vent, qui les élève vers une utopie idéalisée.

Pour expliquer ces deux tendances, Boris Cyrulnik revient sur le développement de la personne depuis l’enfance. En effet, tous les êtres humains, dès leur naissance, sont sous l’emprise de leur mère, et sans cette présence maternelle, le cerveau se développe difficilement. Cependant, il existe deux moments où cette emprise se relâche. Le premier survient quand l’enfant commence à parler et à affirmer son autonomie, en disant « non ». Le second a lieu à l’adolescence, avec l’éveil du désir sexuel et la quête d’indépendance.

Les enfants qui ont été suffisamment sécurisés, aimés et estimés par leur mère, bénéficieront de ces deux dégagements pour acquérir une liberté intérieure, une flexibilité. Ils seront capables de confronter leurs idées et de remettre en question les idées reçues, grâce à un doute méthodique. En d’autres termes, ils accepteront de penser contre eux-mêmes. Carl Popper disait d’ailleurs que « la réfutabilité est la caractéristique de la science par rapport au récit magique ». À l'inverse, les enfants qui n'ont pas bénéficié de cette sécurité et de cette estime maternelle risquent d’être fragiles et plus susceptibles d’adhérer à n'importe quelle idéologie abstraite. Un peuple ou un enfant en difficulté cherche souvent un sauveur, faute de cette sécurité intérieure.

Refuser de questionner et accepter sans réflexion ce qu'on nous demande de croire, comme le font les mangeurs de vent, est, en quelque sorte, un refuge. Ces individus sont à l’abri, alors que les laboureurs, eux, sont confrontés à la réalité, au doute constant, à la nécessité de se remettre en question pour éviter de se soumettre à la croyance du groupe ou de la société.

Ce livre est d'une grande richesse pour ceux qui cherchent à comprendre comment des hommes, parfois cultivés et intelligents, en arrivent à devenir des tortionnaires ou des persécuteurs. Il permet de réfléchir sur les massacres et génocides actuels, en soulignant que ceux qui les commettent ne sont pas des monstres, mais des hommes comme nous, avec des familles et des enfants. Deux figures importantes traversent l'ouvrage : Viktor Frankl et Hannah Arendt, qui apportent chacun un éclairage précieux sur ces mécanismes de déshumanisation.

Ce texte est une réflexion profonde sur la nature humaine, les idéologies, et la manière dont la sécurité affective et les expériences de vie façonnent nos comportements et nos choix, que ce soit dans les moments de paix ou dans les périodes de violence extrême.

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