Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
28 Décembre 2024
Récemment, en me rendant dans une librairie, un livre attira mon attention, intitulé La mort n'existe pas. Bien que je ne l’aie pas lu, ce titre m’a interpellé, tant il me semble illustrer le malaise contemporain face à la mort. Dans son ouvrage, le Père Cantalamessa nous propose une réflexion sur la mort chrétienne, qu’il aborde sous deux aspects complémentaires : un aspect sapientiel, celui de la sagesse humaine, et un aspect mystagogique ou pascal, c’est-à-dire celui de la mort et de la résurrection du Christ.
Du point de vue de la sagesse humaine, la mort apparaît comme l'inévitable conclusion de toute existence. Le Livre de la Sagesse nous rappelle ainsi que « notre vie est courte et triste ; quand l’homme meurt, c’est sans remède, et on ne connaît personne qui soit revenu des enfers » (Sg 2,1-2). Le Livre de Qohelet exprime une pensée similaire : « tout vient de la poussière, tout s’en retourne à la poussière » (Qo 3,20). Les philosophies antiques, telles celle d’Épicure, n’envisagent la mort que comme une question secondaire : « Quand je suis là, la mort n’y est pas ; quand la mort est là, moi je n’y suis pas. » Lorsque nous apprenons qu’une personne souffre d’une maladie incurable, nous disons souvent : « Le pauvre, il va mourir, c’est inéluctable. » Mais devrions-nous pas en dire autant à propos de toute naissance ? La mort, en ce sens, n’est-elle pas cette maladie mortelle dont l’homme est atteint dès sa naissance ? Le philosophe Heidegger, en introduisant le concept de l’être-pour-la-mort, soutient que la mort n’est pas un simple événement qui clôt la vie, mais sa condition même, ce dont la vie est constituée. Vivre, en effet, c’est mourir. Pour certains psychologues, l’angoisse de la mort serait le moteur de toute action humaine. Dès lors que nous savons que notre existence est limitée, la question se pose : que ferons-nous du temps qui nous reste ? Confucius disait ainsi : « Nous avons deux vies, et la deuxième commence lorsque nous réalisons que nous n’en avons qu’une. »
Le second versant de la mort, celui éclairé par le Christ, marque un bouleversement radical. La mort de Jésus sur la croix transforme la mort en un passage, en un rite de transition. Comme il le disait lui-même, sa mort est un passage vers le Père, une Pâque (Jn 13,1). Jésus, en prenant une chair mortelle, a lutté contre la mort et l’a vaincue. Les Pères de l’Église affirment que la mort, en attaquant le Christ, l’a englouti comme elle le fait pour tous les hommes, mais elle n’a pu l’absorber, car en lui résidait Dieu. Ainsi, la mort a été tuée par la vie divine. Trois murs nous séparaient de Dieu. L’Incarnation a abattu le mur de la nature, la Croix celui du péché, et la Résurrection celui de la mort.
Dès lors, la mort n’est plus un obstacle infranchissable, mais une porte, un passage vers le Royaume des Cieux. Jésus n’est pas mort seulement pour lui-même, mais pour nous tous : « Un seul est mort pour tous, et ainsi tous sont morts » (2 Co 5,14). Par son sacrifice, il a permis à l’humanité de participer à cette mort rédemptrice, de telle sorte que, selon saint Paul, « vous êtes morts » (Col 3,3), mais en même temps, nous sommes ressuscités avec lui. La mort chrétienne n’est plus une simple menace, mais une voie mystagogique, un chemin d’accès au cœur du mystère chrétien.
Certains reprochent aux chrétiens de se concentrer sur l’au-delà plutôt que sur la vie présente, de négliger ce monde pour se consacrer uniquement à l’au-delà. On leur reproche même parfois de se servir de la peur de la mort pour dominer les consciences. Toutefois, le Christianisme ne repose pas sur la peur de la mort ; il s'ouvre par la mort du Christ, qui est venu pour libérer l’humanité de la peur de la mort, et non pour l’accentuer.
Le Christianisme exclut la réincarnation, car il est « établi que les hommes meurent une seule fois, après quoi il y a un jugement » (He 9,27). Le seul remède à la mort, c’est Jésus-Christ. Néanmoins, la mort conserve une fonction pédagogique : elle nous apprend à vivre dans la vigilance et à nous préparer à ce passage inévitable. Jésus est également venu pour enseigner la peur de la mort éternelle à ceux qui n’ont connaissance que de la mort temporelle. La mort éternelle, selon l'Apocalypse, est la seconde mort, qui est la véritable mort, car elle marque non pas une transition, mais une fin tragique, un anéantissement définitif. Elle est l’acte de se précipiter désespérément vers le néant, fuyant Dieu et soi-même, mais sans jamais y parvenir. L’aiguillon de cette mort éternelle est le péché sans repentance. Saint Augustin soulignait qu’on accorde souvent une grande importance à quelques jours ou années de vie supplémentaire, mais on oublie ce qui permet de vivre éternellement : la foi et la grâce.
Enfin, Cantalamessa conclut en soulignant que le regard de la grâce et celui de la nature sur la mort se rencontrent dans les funérailles chrétiennes. C’est dans ce moment solennel que nous devons apprendre à pleurer avec ceux qui pleurent, tout en leur annonçant la Bonne Nouvelle du Christ.