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Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !

Yves Marie F. S., Diacre en vue du presbyterat

Lilia Hassaine, "Panorama", Gallimard, folio, 2023, pp.256.

Lilia Hassaine, "Panorama", Gallimard, folio, 2023, pp.256.

Lilia Hassaine : « Panorama »

Parmi les romans de cette rentrée littéraire, j’avais repéré « Je » de Lilia Hassaine, et la quatrième de couverture me donnait vraiment envie de le lire. Mais n’ayant encore jamais lu de roman de l’autrice, j’ai finalement décidé de commencer par l’un de ses romans précédents afin de me familiariser avec son écriture. J’ai donc choisi « Panorama », qui a d’ailleurs remporté le prix Renaudot en 2023.

C’est un roman qui emprunte à la fois aux codes du roman policier et du thriller, mais qui est surtout une véritable dystopie futuriste. Lilia Hassaine imagine une société dans laquelle la transparence est poussée à l’extrême afin d’endiguer les violences : vols, meurtres, viols, agressions, etc. L’idée de départ est assez simple : puisque les violences sont souvent commises à l’abri des regards, il suffirait de supprimer l’intimité pour supprimer, ou du moins réduire, la violence.

Celle qui nous raconte l’histoire s’appelle Hélène. Elle est policière, mariée à David, avec qui elle a une fille, et son couple traverse des difficultés. À travers son récit, elle nous explique que tout commence en 2029, lorsque la population, déçue par la justice et son fonctionnement, décide progressivement de se faire justice elle-même.

Cela engendre un chaos total : les victimes décident de se venger directement de leurs bourreaux, y compris pour des faits anciens ou prescrits. C’est une véritable forme de chasse aux sorcières qui se met en place. Le ministère de la Justice est piraté et un climat insurrectionnel s’installe en France. Cet épisode restera gravé dans l’histoire sous le nom de « Revenge Week ».

Pour rétablir la paix sociale et répondre à cette défiance envers les institutions, un citoyen, Gabrielle Boca, lance un mouvement baptisé « la transparence citoyenne ». Il organise des états généraux afin que les citoyens puissent imaginer un nouveau mode de gouvernance. Les lois et même les décisions de justice seront désormais soumises au vote du peuple sur Internet.

Mais la grande révolution ne s’arrête pas là. Les nouvelles constructions devront elles aussi être transparentes : maisons, écoles, prisons… tout doit être construit en verre. L’objectif est que chacun puisse voir ce que font les autres, puisque, selon cette nouvelle philosophie, les violences sont souvent commises précisément parce qu’elles se déroulent à l’abri des regards.

On entre donc dans une société où la transparence devient une valeur absolue. Dans son voisinage, chacun peut observer les faits et gestes des autres. Des agents de sécurité passent régulièrement afin de s’assurer de la tranquillité et de la « paisibilité » des habitants. En apparence, tout est donc fait pour construire une société plus sûre, plus juste et plus harmonieuse. Mais cette société parfaite en apparence possède évidemment ses zones d’ombre.

Certains quartiers ont refusé cette intrusion permanente dans la vie privée et ont rejeté cette société de la transparence et ses caméras. C’est notamment le cas du quartier des Grillons, dont les habitants sont exposés à davantage d’insécurité. Ils sont considérés par les habitants de Paxton, quartier huppé et entièrement transparent, comme des barbares.

Entre ces deux mondes opposés se trouve le quartier de Bentham, où vivent Hélène et sa famille.

Il me semble qu’il y a là une véritable satire de la reproduction des classes sociales, alors même que cette société se veut extrêmement moderne et égalitaire. La transparence n’a finalement pas supprimé les différences sociales : elle semble même contribuer à les rendre encore plus visibles. Et, dans cette société prétendument ouverte, les individus finissent aussi par se regrouper en fonction de leurs étiquettes : les célibataires, les homosexuels, les riches, etc.

On retrouve donc une contradiction assez intéressante : une société qui cherche à abolir les différences et les violences finit par classer, catégoriser et séparer les individus.

Bref, dans le quartier transparent et huppé de Paxton, où toute forme de violence a été, en principe, éradiquée, il va se produire un événement totalement inattendu : la disparition d’une famille entièreComment une famille habitant une maison entièrement vitrée a-t-elle pu se volatiliser en plein jour sans que personne dans le voisinage n’ait rien vu ?

Hélène sera chargée, avec Nico, de mener l’enquête. Et leurs découvertes vont progressivement révéler les dysfonctionnements, les failles et surtout les contradictions profondes de cette société qui prétend avoir tout réglé.

J’ai trouvé que l’intrigue était vraiment bien menée. À plusieurs reprises, j’ai essayé d’anticiper les événements et, à chaque fois, mes pronostics ont été totalement à côté ! Lilia Hassaine parvient donc à maintenir une vraie tension et à nous tenir en haleine jusqu’au bout.

J’aurais toutefois aimé que certains des thèmes abordés soient poussés davantage. Le roman ouvre en effet de nombreuses pistes de réflexion passionnantes sur la justice, la surveillance, la vie privée, la démocratie, les réseaux sociaux, les rapports de classe ou encore notre fascination pour la sécurité. J’aurais parfois souhaité que l’autrice approfondisse davantage certaines de ces questions plutôt que de les laisser simplement affleurer derrière l’intrigue.

Car « Panorama » nous fait surtout réfléchir à la question d’une transparence excessive érigée au nom de la justice et de l’harmonie. Et cette réflexion résonne particulièrement à l’heure des réseaux sociaux, où chacun donne son avis sur tout, où les procès se déroulent parfois sur Internet et où la frontière entre vie privée et vie publique devient de plus en plus floue.

On se rend aussi compte que les masses et les foules n’ont pas toujours raison. Elles peuvent réagir sous le coup de l’émotion, de l’indignation ou de la colère, et la recherche de justice peut alors facilement se transformer en désir de vengeance. La démocratie directe et permanente imaginée dans le roman pose ainsi une question essentielle : suffit-il que le plus grand nombre décide pour qu’une décision soit juste ? Et surtout : peut-on vraiment fonder une société totalement transparente alors que l’être humain n’est déjà pas transparent à lui-même ? N’est-ce pas finalement une forme d’utopie ?

C’est peut-être là que le roman devient le plus intéressant. À force de vouloir supprimer le mal en supprimant le secret, l’intimité et la possibilité de se cacher, on finit peut-être par créer une société dans laquelle il n’existe plus de véritable liberté.

Car vouloir éradiquer toutes les violences en surveillant tout le monde revient à considérer que l’être humain doit être constamment contrôlé pour être bon. Où est la place pour la confiance ? Et à vouloir construire une sorte de paradis terrestre par nos propres moyens, nous risquons paradoxalement de fabriquer un nouvel enfer. Comme disait notre ami Pascal : « Qui veut faire l’ange fait la bête. »

Et finalement, c’est peut-être tout le paradoxe de « Panorama » : en voulant rendre l’homme meilleur par la transparence absolue, la société imaginée par Lilia Hassaine finit par révéler ce qu’elle cherchait précisément à faire disparaître : les failles, les contradictions et la part irréductiblement mystérieuse de l’être humain.

 

 

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