Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
14 Avril 2025
Il y a des livres que l’on achète presque sans raison, guidé par une intuition obscure, un élan inexplicable. Stanislas de Simon Liberati fait partie de ceux-là. Pourquoi l’ai-je acheté ? Je ne saurais le dire précisément. Pourquoi l’ai-je lu jusqu’au bout ? Je l’ignore aussi, d’autant que l’écriture n’a rien d’extraordinaire et que les histoires racontées, en elles-mêmes, ne révolutionnent pas la littérature. Pourtant, quelque chose m’a retenu. Peut-être était-ce une forme d’écho silencieux, une résonance inconsciente. D’ailleurs, combien de livres ai-je commencés avant de les abandonner aux oubliettes ?
C’est à l’émission La Grande Librairie que j’ai entendu parler pour la première fois de ce livre. Ce qui m’a sans doute interpellé, c’est une certaine authenticité de l’auteur. Simon Liberati dégage une étrangeté singulière, un mélange de cynisme et de lucidité, qui n’est pas sans rappeler le philosophe Diogène – que j’apprécie justement pour sa manière de regarder le monde de biais. Peut-être est-ce cela qui m’a poussé à franchir le pas.
Stanislas est un récit autobiographique dans lequel Simon Liberati revient sur ses années passées au collège Stanislas, établissement huppé du VIe arrondissement de Paris, fréquenté entre autres par le général de Gaulle et le chevalier Bayard. Il y raconte ses souvenirs scolaires, faits d’aventures, de mésaventures, de solitude et de marginalité. Élève peu intéressé par les études, jugé médiocre, il finira par être renvoyé de l’établissement, de peur qu’il ne fasse chuter les statistiques du baccalauréat. L’école, pour lui, est un lieu d’ennui et de souffrance : une sorte de bagne moderne, dit-il à mots couverts. Il s’y sent plus à l’aise avec les adultes – professeurs ou surveillants – qu’avec ses camarades, qui l’appelaient "Liboche" et parmi lesquels certains l’ont harcelé.
S’il se montre sévère envers l’institution scolaire, il évoque toutefois quelques amitiés précieuses, nouées malgré sa timidité. Avec ces amis, il fait l’expérience de ses premiers joints, de ses premières ivresses. Il découvre que l’herbe n’est pas vraiment faite pour lui, mais que l’alcool, lui, a un certain attrait.
Son éveil intellectuel ne se fait pas à l’école, mais à la maison. Son père, poète surréaliste, et sa mère lui ouvrent les portes d’un univers littéraire passionnant : Dickens, Jules Verne, Tolstoï, Proust, et même la préhistoire. Pourtant, malgré leur amour et leur générosité, ses parents ne lui transmettent pas les outils pour affronter le monde réel :
« Mes parents ne m’apprirent pas grand-chose de la vie qu’ils connaissaient mal, n’ayant vécu que pour eux-mêmes, ayant peu de contacts extérieurs, ne recherchant pas autrui, par timidité, manque d’assurance, d’humour, économie etc (…) Rien à leur reprocher : ils me donnaient tout, mais ce tout c’était leur cœur. »
Issu d’un foyer croyant et pratiquant, Simon Liberati évoque plusieurs souvenirs religieux. Il fut un enfant de chœur fervent, cérémoniaire à Saint-Sulpice, et même enseignant de catéchèse au lycée. Mais ses cours faisaient une telle place à l’enfer que certains parents d’élèves s’en inquiétèrent. Sa vision du catholicisme, notamment dans ses milieux bourgeois, est sans concession. Il dénonce une certaine hypocrisie et partage une anecdote marquante sur sa perception enfantine de la messe :
« Je m’attendais pendant la messe à un vrai sacrifice. D’autant que le prêtre parlait souvent de “corps”, de “sang” offerts en “sacrifice pour le péché du monde”. J’espérais, et je craignais un peu quand même, qu’on s’empare de quelqu’un pour l’ouvrir en deux ou le brûler sur le bel autel doré de l’église. »
Il conserve néanmoins une relation intérieure avec Dieu, même si ce lien est fragilisé par ce qu’il appelle ses "péchés mortels".
Le livre aborde également les premiers émois amoureux, le rapport à la mémoire, et d’autres thématiques que l’on ne peut toutes développer ici. On y sent un attachement viscéral à ses parents, en particulier à sa mère, avec qui il entretient une relation presque fusionnelle. Pour lui, l’équation est claire : le bonheur se trouvait à la maison, l’enfer à l’école.
Le récit se clôt sur une forme de lucidité désabusée, à la fois honnête et touchante :
« Je crois tout simplement que je n’étais pas fait pour l’école, ni pour la promiscuité, ni pour les épreuves, la concurrence. La camaraderie permet de passer le temps mais au fond j’aurais pu m’en préserver, l’amitié des adultes et des livres me suffisait et m’apportait davantage. »
Stanislas n’est peut-être pas un chef-d’œuvre littéraire, mais c’est un témoignage sincère, une plongée dans les zones grises d’une jeunesse à la marge. Un texte à la fois intime, dérangeant parfois, mais authentique.