Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
13 Avril 2025
Je dois reconnaître qu'à la première mention de ce livre, mon enthousiasme était pour le moins réservé. Le fait que son auteur soit issu de la communauté Saint Martin me faisait redouter une tonalité trop traditionaliste, voire un discours marqué par un thomisme rigide, et un certain catholicisme fermé, conquérant, voire exclusif. Et pourtant… rien de tout cela ne s’est produit. Bien au contraire, ce livre a profondément bouleversé ma perception. Il a été pour moi une véritable grâce de conversion durant le Carême. Je vous encourage vivement à en faire la lecture ou la méditation durant la Semaine Sainte : vous y découvrirez de véritables trésors pour votre salut.
Le livre s’ouvre sur une question essentielle : s’agit-il de faire des œuvres pour Dieu, ou bien de se laisser saisir par l’œuvre que Dieu veut accomplir en nous ? Faut-il, comme David, vouloir bâtir une maison pour Dieu, ou bien la recevoir de Lui ? L’auteur pose cette tension avec une grande clarté :
« Il est plus facile de bâtir que de recevoir, de concevoir que d’écouter, d’entreprendre que de porter du fruit. »
Nous sommes souvent tentés par un activisme chrétien, parfois même bien intentionné, mais qui passe à côté de l’essentiel :
« L’activisme chrétien, dans ses diverses expressions, n’entend pas suffisamment la promesse faite à David : "Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison." »
Notre époque, marquée par le volontarisme et la culture du projet, tend à précéder l’écoute et la contemplation. Pourtant, lorsque les disciples demandent à Jésus : Que devons-nous faire pour accomplir les œuvres de Dieu ?, Il répond :
« L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé » (Jn 6,29).
Ainsi, la mission prend racine non dans le faire, mais dans l’être, dans la foi et dans l’espérance :
« L’espérance d’un surcroît de foi et de charité pour notre monde fatigué et désorienté relève de la grâce. Elle n’est pas le fruit des œuvres de nos mains. »
L’auteur développe alors une thèse forte : la mission n’est pas d’abord une activité mais une présence féconde, enracinée dans la relation avec Dieu.
« Il s’agit donc d’être présent à Dieu et à son prochain et non pas d’abord de réaliser des œuvres pour attirer ou émerveiller le monde. »
Cela suppose une double disposition intérieure :
« Une désappropriation de soi-même qui ne soit pas une démission »,
et en même temps,
« un esprit de dévouement et de service qui ne soit ni calculé ni marketé, mais empreint de foi et de paix. »
La fécondité de l’Église vient avant tout de la grâce, non de la performance humaine.
Dans le premier chapitre, l’auteur critique la culture du projet héritée des Lumières. Jean-Paul Sartre y est particulièrement interrogé : pour lui, l’homme doit se construire par lui-même, sa liberté réside dans le refus de toute appartenance ou dépendance. Cette pensée se résume par sa célèbre formule : « L’existence précède l’essence ». Une telle vision disqualifie toute conception de vocation ou d’appel.
« Le témoignage de saint Paul, qui n’a pas pris appui sur lui-même, ni sur ses origines ou ses talents, mais sur la seule grâce de Dieu, ne trouve pas d’écho dans la pensée sartrienne et moderne. »
De même, Heidegger voit dans l’existence humaine une errance vouée à la mort, où le projet devient
« une façon de conjurer la mort ».
Face à cela, le divertissement devient un anesthésiant, une fuite. Mais notre cœur demeure en attente d’une réponse véritable.
Le deuxième chapitre aborde la question de la vocation. Pour Sartre, l’homme est « condamné à la liberté », ce qui le rend incapable d’être dans une situation d’« ayant-été-choisi ».
« Sartre critique toute idée de vocation, d’appel ou de mission. Être choisi par quelqu’un, être missionné, revient pour Sartre, à entrer dans le projet d’un autre et à passer inévitablement à côté de sa vie. »
Cette vision nie la possibilité d’une mission librement acceptée et vécue comme accomplissement de soi. L’auteur montre pourtant, à travers des figures bibliques comme Moïse, que l’appel de Dieu ne nie pas la liberté de l’homme, mais l’accomplit.
Dans le troisième chapitre, le cœur du message se précise : la mission n’est pas un projet humain, elle est un don reçu, un appel à être tout entier disponible à Dieu. Selon saint Thomas d’Aquin, la mission est une manière d’être plus qu’un ensemble d’actions. Ce n’est pas l’efficacité qui compte, mais la fidélité : la qualité de notre présence à Dieu et aux autres devient l’essentiel.
Le quatrième chapitre est un appel à la confiance. La mission chrétienne suppose un profond abandon. Il s’agit de consentir à recevoir chaque instant de notre vie de Celui qui nous envoie et qui demeure toujours avec nous.« La confiance ne s’enseigne pas par des discours. Elle se découvre dans le temps et dans les épreuves. »
Israël a appris cette vérité au désert. Il s’agit d’entrer dans une logique de don et d’accueil, et non de conquête ou de contrôle.
« Dans l’errance, on fait l’expérience que dans cette marche, on ne tient pas soi-même la carte mais que l’on est conduit par un autre. »
Le cinquième chapitre approfondit cette dynamique d’abandon à la grâce. Il s’agit d’apprendre à ne plus seulement compter sur ses propres forces, mais à compter sur Lui, sur Dieu.
« Ma grâce te suffit » (2 Co 12,9), dit le Seigneur à saint Paul.
Et c’est précisément à travers sa faiblesse que Paul découvre la force de Dieu.
« La plupart du temps, nos contrariétés et nos manques, nos fragilités et nos épreuves se chargeront de nous dépouiller et de maintenir cette aptitude à prendre appui sur Dieu. »
Ce dépouillement devient le lieu du don de soi, du sacrifice de soi, comme une réponse libre et confiante à l’amour de Dieu.
Enfin, dans le dernier chapitre, l’auteur nous conduit vers la promesse de la surabondance divine. Dieu donne toujours davantage que ce que nous osons demander. « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes » (Jn 14,12).
En devenant perméable à Dieu, c’est Lui que nous offrons au monde.
« Aimer, c’est donner ce que l’on n’a pas. »
Conclusion
Dieu précède tout. Il devance nos projets, Il creuse notre regard, Il éclaire nos ténèbres.
« Tout est possible pour celui qui croit » (Mc 9,23).
Compter sur Dieu est plus qu’une posture spirituelle : c’est un style de vie, une pauvreté du cœur, et surtout le secret d’une grande liberté intérieure. L’espérance nous apprend à prendre appui ici-bas non sur nos propres forces, mais sur la grâce toujours donnée, toujours surprenante. Oui, l’espérance est véritablement l’âme de la mission.