Bienvenue sur mon blog ! Ici, je partage mes réflexions et homélies, ainsi que mes avis sur les livres qui m’inspirent et qui passent entre mes mains. Vous y découvrirez des analyses sur des textes spirituels, philosophiques ou littéraires, avec des perspectives personnelles et des recommandations de lecture. N’hésitez pas à explorer et à commenter. Bonne lecture !
5 Février 2025
Bernard-Henri Lévy (BHL) a écrit le livre que j'avais moi-même en tête sur l’insomnie, intitulé Nuit Blanche. Dans cet ouvrage, il raconte ses efforts pour vaincre ce trouble du sommeil, mais malgré de nombreuses tentatives, aucun traitement n’a été efficace. Il a expérimenté dans les meilleurs centres de sommeil, aux États-Unis comme en Italie, sans résultat probant. Il découvre au fil de son récit qu'il n’est pas le seul à souffrir de ce mal. Il cite des figures historiques, telles que Catherine de Sienne, qui ne dormait que trente minutes tous les deux jours, ou Ronsard, qui serait mort après quinze jours sans sommeil. Il mentionne aussi des écrivains comme Romain Gary, Michel Houellebecq, Kafka, Pessoa, Balzac, ou encore Cary Grant, qui ont eux aussi connu des nuits blanches. BHL en vient à se demander si, comme certains perdent l'odorat ou la vue, il n'aurait pas perdu le sommeil. "En tout cas, il n’a pas attendu le mouvement ‘Woke’ pour être éveillé !" ironise-t-il.
Cependant, il y a un seul endroit où il parvient à s’endormir lorsque les lumières sont éteintes : le théâtre, et il avoue ne pas savoir pourquoi. À part cela, il ne dort que lorsqu’il prend des substances chimiques, mais son sommeil ne dépasse jamais quatre heures. Dans son livre, BHL cherche des explications à son insomnie. Il commence par se demander si le sommeil n’est pas, pour un écrivain, une perte de temps, étant donné que cela occupe une grande partie de la vie humaine. Il évoque également certains écrivains qui affirment que l’insomnie stimule leur créativité, leur permettant d’accéder à des pensées qu’ils ne pourraient atteindre autrement. Gustav Janouch, par exemple, disait : « S’il n’y avait pas ces affreuses nuits d’insomnie, je n’écrirais pas », car « elles me donnent accès à des pensées autrement inaccessibles ».
En s’appuyant sur les écrits de Levinas, BHL va plus loin et parle de l’insomnie comme d’une valeur morale : "l’idée de dormir, c’est prendre congé, se dérober à l’appel de l’autre, se fermer à son visage au moment où il a le plus besoin de vous", écrit-il. Il considère que l’insomnie, la vigilance, ou ce qu'il appelle la "transcendance de la conscience inquiète et tourmentée", sont les conditions nécessaires à une vision morale du monde. Autrement dit, quand on se soucie des autres et du monde, il devient difficile de trouver le sommeil.
Avec ses nombreux voyages dans des zones de guerre et face aux horreurs qu’il a vues – des corps sans vie, des enfants affamés… – comment pourrait-il s’endormir avec ces images constamment présentes dans sa mémoire ? Il fait aussi référence à la mort de sa mère, un événement irréversible qui, selon lui, marque le début d’une sorte de solitude permanente. En s’appuyant sur la mythologie grecque, BHL fait remarquer que Hypnos, le dieu du sommeil, et Thanatos, le dieu de la mort sont des frère « jumeaux ». Son insomnie pourrait-elle être la conséquence d’une peur profonde de la mort ? Selon les Grecs, Hypnos est un dieu que tout le monde fuit, comme la mort. Les Pères de l’Église, comme Tertullien, ont d’ailleurs écrit que le sommeil est un moyen de nous préparer à la mort. Dans ses sermons, Tertullien expliquait que Dieu, dans sa grande bonté, nous donne le sommeil pour nous préparer progressivement à la mort : « Il n’a pas voulu nous prendre en traître », disait-il, « mais a décidé de nous faire mourir un peu tous les jours ».
Par peur de la mort, BHL semble préférer ne pas dormir. Il évoque le sommeil comme un gouffre, à la Baudelaire, ou comme un danger, à la manière de Ronsard, pour qui l’âme du dormeur se détache du corps et entre en contact avec le monde céleste, avec le risque qu’elle n’en revienne jamais. Alors que la plupart des gens souhaiteraient mourir dans leur sommeil, sans douleur et sans en être conscients, BHL, lui, aspire à vivre sa mort de manière pleinement consciente. "Je veux vivre, non seulement ma vie, mais ma mort", dit-il. "Non seulement l’instant, mais mon dernier instant. Je veux affronter la chose en pleine conscience, les yeux ouverts, comme Achille, Patrocle, Hector…".
Pour mieux comprendre son insomnie, BHL consulte trois médecins reconnus, qui ne se connaissent pas entre eux, et leur pose la question suivante : peut-on mourir d’insomnie ? Aucun d’eux ne parvient à lui répondre clairement, d’un point de vue scientifique, si ne pas dormir augmente ou non le risque de mourir. C’est une peur qui semble l’habiter et qui évoque la disparition d’un personnage des Frères Karamazov, de Dostoïevski.
Dans Nuit Blanche, BHL ne parle pas uniquement de ses nuits blanches. Il aborde également ses engagements politiques, ses lectures, ses amis, les personnes qui l’ont profondément marqué, ainsi que les menaces de mort qu’il a reçues de régimes et de services secrets étrangers. À travers ce livre, BHL se révèle sous un jour plus intime et plus authentique que jamais.
Finalement je me demande, si je n'ai pas aussi un destin d'écrivain lol